Gn 17 – La circoncision : quelle est son origine et sa signification ?
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Sur la circoncision, on aimerait avoir l’origine historique et la signification, ainsi que l’époque a priori où les Juifs/peuples de Dieu commence cette tradition ?
Sur les origines historiques de la circoncision, ce que l’on peut lire communément, c’est qu’elle était pratiquée par les populations sémitiques pour manifester une appartenance conjugale, politico-culturelle ou religieuse. Vous en trouverez trace dans quantité de textes d’historiens et d’anthropologues qui ont étudié la question. Voici deux sources accessibles à tous :
– Patrick Banon, « La Circoncision, signe d’alliance avec le divin », Historia n°770, février 2010 ;
– Pierre Carrat, « Circoncision : clefs pour un rite », L’Histoire n°56, mai 1983.
Pour ceux qui veulent aller à l’essentiel, sans trop se faire mal, voici un éclairage pour débutants : court article de Sébastien Doane.
Pour ceux qui veulent étudier plus sérieusement la question, il existe une conférence en ligne, publiée par le Collège de France, qui retrace l’histoire de la circoncision ; je n’ai pas (encore) eu le temps de la regarder mais Roland Tomb étant invité par Thomas Römer, un grand Monsieur pour qui étudie scientifiquement la Bible, c’est a priori sérieux : Histoire de la circoncision, des origines à nos jours. Enjeux et controverses.
Il existe enfin une tentative de lecture théologique de la circoncision, par le P. Antoine Guggenheim, docteur en théologie et fondateur du Pôle de recherche du Collège des Bernardins dont il a été directeur en 2007 et 2014. Il a publié en 2016 un court essai, aussi profond que passionnant : La Circoncision, aux éditions de L’Herne (76 pages).
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Bibliquement, la circoncision est le signe de l’alliance entre Dieu et Abraham. Voici le passage en question en Genèse 17 :
Abram tomba face contre terre et Dieu lui parla ainsi : « Moi, voici l’alliance que je fais avec toi : tu deviendras le père d’une multitude de nations. Tu ne seras plus appelé du nom d’Abram, ton nom sera Abraham, car je fais de toi le père d’une multitude de nations. Je te ferai porter des fruits à l’infini, de toi je ferai des nations, et des rois sortiront de toi. J’établirai mon alliance entre moi et toi, et après toi avec ta descendance, de génération en génération ; ce sera une alliance éternelle ; ainsi je serai ton Dieu et le Dieu de ta descendance après toi. À toi et à ta descendance après toi je donnerai le pays où tu résides, tout le pays de Canaan en propriété perpétuelle, et je serai leur Dieu. »
Dieu dit à Abraham : « Toi, tu observeras mon alliance, toi et ta descendance après toi, de génération en génération. Et voici l’alliance qui sera observée entre moi et vous, c’est-à-dire toi et ta descendance après toi : tous vos enfants mâles seront circoncis. La chair de votre prépuce sera circoncise, et cela deviendra le signe de l’alliance entre moi et vous. À chaque génération, tous vos enfants mâles âgés de huit jours seront circoncis, les enfants nés dans la maison, ou les enfants étrangers qui ne sont pas de ta descendance mais sont acquis à prix d’argent. Né dans la maison ou acquis à prix d’argent, tout mâle sera circoncis. Inscrite dans votre chair, mon alliance deviendra une alliance éternelle. L’incirconcis, le mâle dont la chair du prépuce n’aura pas été circoncise, celui-là sera retranché d’entre les siens : il aura rompu mon alliance. » (Gn 17,3-14)
Que le récit biblique inscrive l’alliance non seulement dans la chair, mais également dans le sexe (lieu de conjugalité et de fécondation) a une symbolique très forte : il ne faut pas oublier que la promesse à Abraham consiste en une descendance nombreuse… qui passe de toute évidence par l’acte sexuel.
Par la suite évidemment, à mesure que les Juifs feront l’expérience de Dieu et qu’Il se révélera à eux, la circoncision prendra une tout autre dimension : elle se muera progressivement, notamment avec les prophètes, en circoncision du cœur :
Soyez circoncis pour le Seigneur, enlevez le prépuce de votre cœur, gens de Juda et habitants de Jérusalem, de peur que ma colère n’éclate comme un feu et ne brûle, sans personne pour l’éteindre, à cause de la malice de vos actes (Jr 4,4).
Ce n’est pas pour autant qu’il faut oublier la circoncision physique ; Jésus lui-même s’y pliera en fidélité à l’Alliance : Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception (Lc 2,21), avant de la renouveler tout autrement par sa mort et sa résurrection, par le baptême et le don de l’Esprit de Dieu.
Saint Paul développera beaucoup cette notion, manifestant comme les prophètes l’esprit au-dessus de la lettre. Ainsi dans cet extrait :
Sans doute, la circoncision est utile si tu pratiques la Loi ; mais si tu transgresses la Loi, malgré ta circoncision tu es devenu non-circoncis. À l’inverse si le non-circoncis garde les préceptes de la Loi, ne sera-t-il pas considéré comme s’il était circoncis ? Celui qui n’est pas circoncis dans son corps mais qui accomplit la Loi te jugera, toi qui transgresses la Loi tout en ayant la lettre de la Loi et la circoncision. Ce n’est pas ce qui est visible qui fait le Juif, ce n’est pas la marque visible dans la chair qui fait la circoncision ; mais c’est ce qui est caché qui fait le Juif : sa circoncision est celle du cœur, selon l’Esprit et non selon la lettre, et sa louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu (Rm 2,25-29).
Ou encore :
En lui, vous avez reçu une circoncision qui n’est pas celle que pratiquent les hommes, mais celle qui réalise l’entier dépouillement de votre corps de chair ; telle est la circoncision qui vient du Christ. Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. Vous étiez des morts, parce que vous aviez commis des fautes et n’aviez pas reçu de circoncision dans votre chair. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. (Col 2,11-13 ; voir aussi Ga 5,4-6, Ga 6,15 et Col 3,11).
Cette réponse va un peu au-delà de la question posée, puisqu’elle envisage la circoncision bibliquement et non historiquement… Si vous avez acquis une Bible de travail, comme recommandé, n’hésitez pas à lire les notes et à parcourir les renvois pour approfondir cette question.
Pierre G. (SEDIF)
Lire aussi : Ex 4,24-26 – Comment comprendre la circoncision du fils de Moïse ?
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