Pourquoi Dieu a-t-il choisi Abraham ? Pourquoi Dieu a-t-il choisi le peuple juif ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Pourquoi Dieu a-t-il choisi Abraham ?

Pourquoi Dieu a-t-il choisi le peuple juif ?

L’idée du peuple élu ne nous plaît pas trop… pourquoi à un peuple ? Mais la réponse, on l’a sans doute trouvée dans une phrase sur laquelle vous avez insisté : En toi seront bénies toutes les familles de la terre et pas « toutes les familles de ta tribu »… Donc Dieu s’adresse bien à tous les hommes…

En bref

Dieu choisit Abraham parce qu’il s’inscrit dans une « Alliance perpétuelle » depuis Noé, qui passe pour le peuple hébreu/juif par l’engendrement. Il y a donc des généalogies (ou toledot) qui constituent l’essence même de l’Histoire, d’Adam jusqu’au Christ : cf. Début de l’évangile de Matthieu. Mais cette approche biblique ne suffit pas pour tout expliquer : la préférence de Dieu se manifeste par des choix continuels, de Moïse à la Vierge Marie, des apôtres jusqu’aux prêtres et religieuses d’aujourd’hui, et jusqu’au fait même que nous existions… On pourrait dire que la préférence de Dieu est un mode d’être au monde dans sa Création.

Développement

Ces deux questions, bien que posées séparément, se recoupent en partie. Il y a de fait plusieurs manières de répondre à ces questions : bibliquement et métaphysiquement, pour n’en citer que deux majeures.

Bibliquement tout d’abord : Abram – avant de devenir Abraham – s’inscrit dans la généalogie qui, dans le judaïsme, constitue le cœur de l’Histoire. Cette notion sera explorée lors de la quatrième rencontre sur les livres historiques, mais disons ceci à ce stade de notre avancée : l’Histoire, pour un Juif, n’est pas la recherche d’une prétendue objectivité à partir de documents et de faits passés ; l’Histoire est affaire d’alliance avec Dieu et d’engendrements (ex : Je suis le Dieu de ton père, Abraham, Isaac, Jacob). C’est pourquoi il y a tant de généalogies dans l’Écriture sainte, y compris en ouverture de deux des quatre évangiles (ex : Mt 1). Ces textes sont souvent rébarbatifs à entendre, notamment à la messe, mais contiennent pourtant tant d’enseignements pour un lecteur familier de la Bible. Ces généalogies, ces engendrements (en hébreu : toledot) disent en filigrane la fidélité de Dieu de la Création à l’incarnation du Christ. C’est en vertu de cette Histoire que Dieu choisit Abraham (Gn 11,10-32 = généalogie) puis, des siècles plus tard, le peuple hébreu ou peuple d’Israël (qu’on n’appelle pas encore « juif », mais qu’importe). Dieu est fidèle à sa promesse.

Petit aparté – Cet engendrement est encore d’actualité pour nous chrétiens du XXIe siècle, mais il n’est plus uniquement physique : il est devenu spirituel avec Jésus, par le don de l’eau (baptême) et de l’Esprit (saint)… C’est le sens de l’entretien de Jésus avec Nicodème (Jn 3). Gardons toujours à l’esprit que Jésus n’est pas venu abolir mais accomplir le Premier Testament.

Alors, vous demanderez-vous peut-être, pourquoi Abraham et non ses frères Nahor et Harân ? Ils sont tous de la même lignée. Eh bien voilà en ligne de mire le grand mystère de la préférence divine… On pourrait dire que l’attitude d’Abram, qui quitte tout sans discuter, comme le Seigneur le lui ordonne, est un bon « argument » : la fidélité d’Abram se lit dès que nous faisons connaissance avec sa personne, au chapitre 12. Il y a comme une double fidélité qui est déjà à l’œuvre entre les deux, avant même que le récit ne commence. Mais, comme nous le voyons bien des fois ailleurs, y compris dans les évangiles, Dieu choisit aussi des pécheurs : Jésus ne demande pas à Nicodème ou Joseph d’Arimathie, des Juifs pieux et savants, de le suivre, mais à des pécheurs du lac de Tibériade, à un collecteur d’impôts, etc.

La question est bien plus large qu’il n’y paraît, parce qu’elle nous fait entrer dans une autre dimension, métaphysique : pourquoi Dieu a-t-il choisi Abraham, Rébecca, Moïse, Josué, Rahab, Samson, Déborah, Saül, David, Isaïe, Habaquq, Ezéchiel, la Vierge Marie, tel ou tel apôtre, Marie-Madeleine, etc. ? Pourquoi Dieu choisit-il telle ou telle personne, encore aujourd’hui, pour être prêtre, religieuse, consacré(e) ? Et même, plus profondément, pourquoi Dieu choisit-il que nous existions plutôt qu’un autre ? À un spermatozoïde près, un autre serait à notre place… Il y a, me semble-t-il (et c’est une réponse éminemment personnelle, ici), une préférence de Dieu à l’œuvre. Nous existons parce que Dieu a préféré que nous soyons plutôt que nous ne soyons pas. Nous sommes le fruit d’une préférence de Dieu. La question est : le garderons-nous pour nous ou le donnerons-nous au monde ?

Dis ainsi, il est certain que cette conviction d’une préférence de Dieu va à l’encontre de l’idéologie contemporaine de l’égalité. Et pourtant, nous en faisons tous l’expérience au quotidien, de ces différences qui nous marginalisent, qui nous ouvrent des horizons, qui contribuent à notre croissance…

C’est que Dieu ne nous clone pas indifféremment : Il nous aime personnellement. Il ne nous crée par amour, comme s’il s’agissait là d’une caractéristique parmi d’autres : Il nous crée parce qu’Il EST Amour ! Et qu’il nous aime, nous, chacun de nous, personnellement… Je quitte là pour mon vêtement de bibliste pour revêtir celui du baptisé-apprenti-théologien.

Cet amour préférentiel, s’il nous comble personnellement, ne doit cependant pas être une autosatisfaction individuelle, comme si nous étions des monades imperméables les unes aux autres. Là réside le plus grave des péchés : se penser comme un tout autarcique. C’est le péché de l’ange : se penser la source de son être, en coupant toute relation avec Dieu – donc avec l’autre ; S. Thomas d’Aquin prend l’exemple de la vanne ou de l’écluse que l’ange déchu fermerait au lieu de laisser passer le flux divin, afin de devenir la source de l’eau. Au contraire, et c’est ce que nous montre la Bible continuellement, la préférence de Dieu vise le salut de tous. C’est ce verset sublime que je cite dans mon enseignement vidéo (et que vous entendrez encore) : En toi seront bénies toutes les familles de la terre (Gn 12,3). Cette promesse sera rappelée plusieurs fois dans le Premier Testament, puis dans l’Église naissante (exemple : Actes 3,25).

Pour nous aujourd’hui, c’est un beau rappel à l’ordre ! Il nous paraît évident que les prêtres, les religieuses et les religieux du monde entier sont au service de tous. Mais nous paraît-il aussi évident que le moindre de nos talents (Mt 25,14-30) appartient à la communauté tout entière, que tout ce qui nous est donné doit être fructifié pour le bien de tous ? Combien la réalisation de cette préférence de Dieu pour nous au service de tous révolutionnerait le monde, si elle était vécue pleinement par chacun de nous ! Nous avons du chemin…

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi : Si Dieu choisit le peuple d’Israël, exclut-il tous les autres ?

 



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