Hommage : le Père Bernard Grégoire n’est plus
diocese
Je pars vous préparer une place. Ne soyez pas bouleversés. Et là où je suis, vous y serez aussi… A entendre la réaction de Thomas, on imagine les interrogations des apôtres à ces paroles du Christ, voire leur désarroi…
Lorsqu’un proche nous quitte, quelles que soient les circonstances, c’est le deuil et la peine… et aussi les questions : que voit-il désormais, est-il heureux ? Et c’est notre propre existence, notre histoire, notre avenir qui est questionné…
Lorsque c’est le pasteur de la paroisse qui part aussi brutalement, c’est un peuple qui est désemparé, c’est un presbyterium qui est blessé, c’est une famille qui pleure un des siens…
Et c’est Dieu qui nous parle : Ne soyez pas bouleversé, je suis le chemin, la vérité et la vie ! Il me semble que nous avons là la grande leçon de l’évènement que nous vivons : le P. Grégoire nous quitte soudainement et il nous laisse ce message : continuez le chemin de la vie, dans la paix… Depuis presque 20 ans, il a « labouré » ce champ apostolique qui lui avait été confié, Bouillargues, Rodilhan et Garons ; et puis en 2013 Manduel et Redessan… Il s’est donné à son ministère de toutes ses forces, de toute son âme, de toute sa foi. Il était entièrement donné à ses paroissiens et à son ministère… Comme il s’était donné avec toute son ardeur à St Hilaire de Brethmas et Ste Bernadette d’Alès entre 1984 et 2002. Et auparavant comme vicaire à St Gilles puis à St Charles de Nîmes… toujours il a eu ce souci de réunir, de rapprocher et en tant que curé de s’entourer de chrétiens sûrs pour partager ses soucis pastoraux.
Ce passage d’évangile me paraît bien résumer la mission de notre frère au service des autres : les conduire sur le chemin de la vérité et de la vie.
On pourrait ajouter quelques autres phrases de l’évangile : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez- vous les uns les autres comme je vous ai aimé… » (Jn 13,34) « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu… » (Jn 17, 3) Ces paroles du Christ nous rappellent que le P. Grégoire aimait ses paroissiens, à sa manière, certes, mais bien pour les mener à la connaissance du Christ et à sa vie… D’ailleurs ce service du Peuple de Dieu passait avant tout : il n’avait pas trop de temps pour les réunions, les sessions, les rencontres des confrères ; peu de temps pour sa famille aussi : il était au service de Dieu et de son peuple…
On aurait pu choisir aussi ce beau passage du même évangile de Jean : « Je suis le pain vivant, celui qui mange de ce pain vivra pour l’éternité. » (Jn 6, 51) Et nous rencontrons alors le P. Grégoire dans sa dévotion, sa passion eucharistique : la messe, l’adoration eucharistique étaient les lieux où il se retrouvait et où il guidait ses fidèles : les temps d’adoration étaient toujours des temps forts de la vie paroissiale. Il nous dit bien ainsi que l’Église est eucharistique, source et sommet de la vie chrétienne. Et c’est notre mission à nous, prêtres, de servir le peuple de l’Eucharistie, tant que faire se peut… Unissons-nous à cette eucharistie de ses obsèques, il est présent et en communion avec nous au cœur du mystère pascal…
On aurait pu choisir aussi le récit de l’Annonciation ou un autre passage marial pour insister sur la dévotion de notre frère à la Vierge Marie : dans toutes ses paroisses, il propose sans cesse des chapelets et il le prie avec ses gens. Il n’est pas un fana de pèlerinage, du moins avec le diocèse, mais il est vraiment un homme de prière, d’adoration, de dévotion au bon sens du terme, de procession du 15 août… On le rencontrait assez souvent à la Visitation de Tarascon où il allait se ressourcer régulièrement dans le silence et la solitude, à l’école de François de Sales…
Le P. Grégoire est aussi l’homme de la Miséricorde et de la Réconciliation : il nous laisse l’image d’un prêtre présent au fond de son église pour accueillir, écouter, réconcilier dans le sacrement… Il était un fidèle de Ste Faustine. Il avait pu se rendre en pèlerinage avec ses paroissiens en Pologne sur les pas de St Jean Paul II et l’apôtre de la Miséricorde. Il nous redit ainsi combien ce ministère est essentiel pour nous prêtres et pour le peuple de Dieu : un prêtre a toujours le temps pour confesser, ce sont les chrétiens souvent qui ne le trouvent pas…
Enfin, le P. Grégoire était vraiment l’homme de l’accueil : beaucoup pourraient en témoigner ici… J’évoquerai seulement comment il accueillait chaque année les pèlerins de St Gilles, cette joyeuse turbulence qui envahissait cette église. Il saluait chacun et disait toujours un mot d’accueil bien senti…
J’ai connu Bernard Grégoire au Grand Séminaire, puis en stage pastoral à Uzès et à St Gilles et déjà les traits majeurs de sa vie étaient bien dessinés : un homme à la foi solide, aux certitudes bien assurées, prêt à servir, à sa manière, mais avec générosité… Il part trop tôt et ne pourra célébrer avec nous ses noces d’or sacerdotales. En 1974, nous avons été six jeunes ordonnés prêtres : avec Bernard, le P. Bastide et le P. Arlac, déjà trois sont partis… Et ce départ précipité laisse notre diocèse et notre presbyterium un peu plus pauvre, un peu plus démuni… Que l’Esprit du Seigneur nous accompagne en ce temps de Carême, en ce temps de pauvreté pour que notre conversion soit un témoignage… Voyez comme ils s’aiment, disait-on des premiers chrétiens… Que le sacrifice du P. Grégoire, que la prière et l’oblation des chrétiens de ses paroisses, que notre presbyterium encore plus uni et plus missionnaire soient source de grâce pour nos paroisses et notre diocèse…
Nous vivons pour le Seigneur, nous mourons pour le Seigneur, nous dit St Paul. Merci Seigneur pour tout ce que tu nous as donné à travers notre frère : il a vécu pour toi, il est mort en Toi, Toi qui es le chemin, la vérité et la vie… Aide-nous à continuer ce chemin, à aller dire au monde que tu nous aimes et que tu veux notre bonheur…
Dors en paix, Bernard, contemplant dans l’éternité celui que tu as tant cherché et prié en compagnie de Notre Dame Marie que tu as si bien honorée et aimée…
AMEN
P. André CHAPUS
Bouillargues 20 février 2021
« Il est des hommages que l’on n’aimerait pas avoir à rendre ; ce soir c’est une paroissienne, une de ses anciennes animatrices de cathé, plus que la rédactrice du
petit Gardois qui écrit, très triste.
Chapka toujours vissée sur la tête été comme hiver car il n’aimait pas avoir froid aux oreilles ; bon vivant, il aimait manger, ce qui lui valait de gentilles moqueries de la part des animatrices et des sœurs qui l’accompagnaient lors des retraites de communions, le père Grégoire était une figure locale respectée et appréciée.
C’était surtout un homme bon quand il avait permis à une petite fille de faire sa profession de foi, debout en déambulateur, faisant en sorte qu’elle se sente comme tout un chacun, elle qui a douze ans venait juste d’apprendre à marcher. C’étaient ces petites attentions de chaque jour, son accent chantant, sa bonhomie, sa capacité à se souvenir du nom de ses enfants en préparation de communion, qui faisait du Père Grégoire un homme de cœur qui se faisait aimer de ses paroissiens.
Accueillir l’autre comme l’on accueillerait un frère
C’est aussi lui qui voyant la communauté laotienne de Bouillargues, avait été au-devant d’eux et mis en place une cérémonie spécifique pour ses ouailles et qui n’hésitait pas à dire aux autres de ses paroissiens « vous les voyez travailler aux champs, mais les regardez-vous seulement ? »
Cet homme de Foi prenait du temps à la sortie de la messe pour offrir un petit moment à ses paroissiens, serrer la main à chacun avec toujours un petit mot comme s’ils faisaient partie de sa propre famille. Il s’investissait aussi dans la messe (le sacrement) des malades auquel il tenait particulièrement (…)
Revenu au presbytère de Bouillargues, il y est décédé ce mercredi 17 février.
Ce soir ses paroissiens, ses animatrices et animateurs se sentent orphelins de Père, il laisse derrière lui une plaie béante pour tous ceux qui l’ont côtoyé. »
Valérie Haumont « Le Petit Gardois » 18/02/2021










