Quelle différence y a-t-il entre traditionalisme et intégrisme ? Quel rapport ont-ils avec l’Église ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Suite à la première vidéo sur l’Église, nos échanges ont très vite dérivé sur les communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église comme les traditionalistes et les intégristes. Quelle est la différence entre ces 2 groupes ? Sont-ils catholiques ? font-ils partie de l’Église ?

Il faudrait s’entendre sur les mots : que mettez-vous sous l’appellation des traditionalistes et sous celle d’intégristes ? Car il y a beaucoup de réalités différentes sous ces deux mots. Commençons par distinguer les deux mots…

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Les traditionalistes renvoient aux personnes attachées à la forme extraordinaire du rite romain (je reprends ici une dénomination de Benoît XVI, pour faire simple).

Parmi ces personnes, il y a celles et ceux qui sont pleinement intégrés à l’Église, en pleine communion, reconnaissant sans difficulté l’autorité du pape et du concile Vatican II. Je pense par exemple à la Fraternité Saint-Pierre, à l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre (qui dessert une chapelle à Nîmes, à l’invitation de l’évêque) ou encore à l’Institut du Bon Pasteur. Il y a bien des communautés en ce sens, je suis loin de les connaître toutes.

Et puis il y a celles et ceux qui ont une position plus conflictuelle avec Rome, qui rejettent certaines positions conciliaires (liberté religieuse, synodalité…) et qui posent des actes « illicites », c’est-à-dire sans l’accord de Rome : l’exemple le plus évident est la Fraternité Saint-Pie-X et à son fondateur Mgr Lefebvre, qui a ordonné sans l’accord de Rome quatre évêques en 1988 – acte qualifié de « schismatique » par le pape Jean-Paul II à l’époque. La situation avec les lefebvristes a beaucoup évolué au fil des années, de sorte qu’on peut dire aujourd’hui qu’ils ne sont pas en pleine communion avec Rome tout en ne pouvant pas affirmer qu’ils sont vraiment schismatiques (en tant que fraternité et même si certains actes le sont). Le pape François a par exemple levé les excommunications pesant sur les évêques ordonnés, signe d’une volonté d’unité. Bref, c’est très complexe.

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Le mot « intégriste » a quant à lui une dimension moins religieuse que politique et polémique. À l’origine, il désignait des groupes très opposés aux idées modernes, au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Mais le mot a changé de sens au fil des ans pour devenir une « insulte ». L’Église catholique n’emploie pas ce terme, du moins pas officiellement ; ce sont les médias qui le font, souvent pour dénigrer tel ou tel.

Pour ma part, je ne l’emploie jamais, car il stigmatise trop celles et ceux avec qui nous ne sommes pas en accord. C’est comme si nous réduisions les orthodoxes à l’étiquette de schismatiques et les protestants à celle d’hérétiques. Tout cela nuit gravement à l’esprit de l’évangile et à l’unité des chrétiens. Il ne s’agit pas de masquer nos désaccords (dialoguons, débattons, même de manière musclée), mais de garder un climat d’écoute entre nous, y compris avec nos adversaires. Alors, quand on parle de la Fraternité Saint-Pie-X par exemple, je parle des lefebvristes, car cela dit ce qu’ils sont tout en gardant le dialogue ouvert… car pourquoi vouloir dialoguer avec toutes les religions et les confessions chrétiennes plus éloignées si c’est pour stigmatiser celles et ceux qui nous sont formellement (je ne parle pas ici d’affectif ni de vision) plus proche ?

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Nous sommes sur des sujets épineux et éminemment passionnels, qui demandent prudence, rigueur et charité. J’espère néanmoins que cette réponse vous éclairera…

Pierre G. (SEDIF)

 



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