Avons-nous le même Dieu que les Juifs et les musulmans ?
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Le judaïsme et l’islam affirment eux aussi l’unicité absolue de Dieu, sa grandeur, sa transcendance (?), mais refusent explicitement la Trinité et la divinité de Jésus. S’agit-il alors du « même Dieu » d’Abraham ?
Que voilà une épineuse question, tant elle suscite de débats et fait couler d’encre ! C’est que cela mérite des distinctions et des nuances. Il est certain que nous avons en commun avec les Juifs et les musulmans de croire en un Dieu unique, créateur du monde, être absolu et transcendant. Et il est vrai par ailleurs que, d’un point de vue historique, ces trois religions (si tant est que judaïsme et christianisme soient deux religions séparées, ce qui est discutable) se réclament du même « Dieu d’Abraham » : on parle parfois – à tort selon moi – de « religions abrahamiques ». Il est toujours bon de rappeler ces convergences, dans un esprit de dialogue fraternel.
Mais dès lors que l’on pose la question : « Avons-nous la même Dieu ? », les difficultés surgissent !
Avec le judaïsme, la réponse est simple : nous avons incontestablement le même Dieu, le problème étant qu’ils n’acceptent pas la totalité de la Révélation biblique. On pourrait dire que leur vision de Dieu est incomplète, comme s’ils Le regardaient à travers une vitre embuée, quand nous avons franchi le palier pour le voir plus distinctement (il faudrait plutôt dire que c’est Dieu qui nous fait franchir le palier, car Il est seul à l’initiative, mais passons… Vous avez compris le principe !).
Avec l’islam, la réponse est complexe. Dans un discours aux jeunes musulmans, à Casablanca, en août 1985, le pape avait tenu ces propos : « Nous croyons au même Dieu, le Dieu unique, le Dieu vivant, le Dieu qui crée les mondes et porte ses créatures à leur perfection. » Il rappelle certes les divergences dans la suite de son discours mais enfin, la formule est posée. Or il se trouve qu’aucun pape ni concile avant Jean-Paul II, ni aucun pape après lui, n’a stricto sensu repris cette formule. C’est le signe qu’il n’y a pas de tradition en la matière, que l’autorité magistérielle reste à ce jour très faible. C’est le signe aussi qu’il y a des positions divergentes au sein de l’Eglise, signes de discussions vives et intéressantes.
Pour ma part, je repartirai d’une formulation ecclésiale qui a l’avantage d’être équilibrée et de faire davantage autorité, à savoir la déclaration conciliaire Nostra aetate : « L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. » (n. 3) Il n’est pas question du « même Dieu », mais d’un Dieu ayant de fortes caractéristiques communes avec le nôtre. Ce qui est similaire n’est pas l’être même de Dieu, mais certains attributs essentiels.
Si, d’une part, Dieu est pour nous substantiellement Uni-Trinité et que le Christ est Dieu.
Si, d’autre part, les musulmans ne reconnaissent pas l’Uni-Trinité ni la divinité du Christ.
Alors il est difficile d’affirmer sans nuances que nous avons « un même Dieu » ; nous pouvons du moins reconnaître de très belles caractéristiques communes, à savoir son unicité, sa toute-puissance, etc.
Pierre G. (SEDIF)
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