Faut-il discréditer Jean comme auteur de l’évangile sous prétexte qu’il n’est pas cultivé ?
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La réflexion sur l’auteur de l’Évangile de saint Jean nous a surpris parce qu’on n’avait jamais entendu ça. De plus, dans la vidéo, nous apprenons que l’évangile de Jean a été écrit bien après la mort de Jésus. Jean a donc eu le temps de méditer, de se former, de prier avant d’écrire l’Évangile. Je trouve étonnant que l’auteur justifie le fait que cet Évangile ait été écrit par une communauté proche de Jean parce que ce dernier n’était pas aussi cultivé alors qu’il fut le disciple qui a été le plus proche du Christ et qui a été enseigné par Marie.
L’Évangile « attribué » à Jean, selon l’auteur, ou aurait été écrit vraisemblablement par un disciple proche de Jésus, fruit d’une longue et profonde méditation, dont Jean l’apôtre simple et frustre pêcheur aurait été incapable. (Argument qui nous a choqué : plein d’apriori et d’une méconnaissance de la vie spirituelle un peu gênante pour un franciscain.) Parle-t-on du même Jean, déjà disciple du Baptiste, disciple de Jésus pendant trois ans, l’un des trois présents au Thabor, seul disciple séraphique à qui Jésus confie sa Mère, seul disciple fidèle à la vraie trempe du martyr au pied de la croix, qui « vit et cru » au tombeau vide, témoin du Christ ressuscité, régénéré à la réception du saint Esprit à la Pentecôte ? Mais c’est vrai, il lui manquait son diplôme de Théologien. J’oubliais, seul disciple à n’avoir pas avoir trahi, témoin du dialogue entre Jésus et Pierre qui conforte Pierre, malgré son reniement, dans son rôle de berger des agneaux et des brebis. Éloi Leclerc était-il le même que quand il avait 18 ans… ? Faut-il être un érudit pour accéder à ces sommets spirituels… ? Ne serait-ce pas plutôt un obstacle ?
C’est amusant : le texte d’Éloi Leclerc était jusqu’à présent le seul à faire l’unanimité, sans réserve, au sein des cénacles… Et en deux retours consécutifs, l’équilibre a été rétabli. Et c’est tant mieux : cela montre qu’il y a bien des demeures dans la maison du Père. C’était notre pari initial de prendre des textes très différents, puisant à différentes manières d’appréhender la Bible. Éloi Leclerc représentait par exemple toutes les possibilités de lecture spirituelle de la Bible (mais scientifiquement rigoureux).
Il serait trop long de répondre sur chaque point : contentons-nous de quelques remarques, sur les critiques principales qui sont faites au texte.
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D’abord et avant tout, Éloi Leclerc ne pense pas du tout l’opposition « homme intellectuel » / « homme simple » telle qu’écrit ci-dessus… Il écrit en réalité le contraire dans toute la première partie de son texte. Par ailleurs, pour répondre à une autre remarque, la Vierge Marie a certes pu enseigner Jean (pour autant qu’on en sache quelque chose), mais la fréquentation de la Vierge n’entraîne généralement pas l’irruption d’un super-pouvoir théologique !
Il convient de poser d’emblée une distinction : il y a d’une part, la beauté intérieure, surnaturelle ; d’autre part, les capacités concrètes, naturelles… Mélanger les deux en spiritualisant les réalités humaines, voilà qui est souvent dangereux. Éloi Lerclerc explique simplement que la construction, la langue et le vocabulaire employés par l’auteur du 4e évangile présupposent une éducation (= une construction intellectuelle) élevée. Il est impossible pour un simple pêcheur d’acquérir une telle éducation… sauf par une grâce qui contredirait la nature (rien n’étant impossible à Dieu, on pourrait l’imaginer, à condition d’extrapoler). Ou alors, ce serait comme penser qu’on peut devenir ébéniste parce qu’on a appris à tailler un crayon. En d’autres termes, on peut s’élever à des sommets mystiques de compréhension et d’union à l’Amour divin (comme la Vierge, par exemple), la grâce jamais ne vient contredire la nature. Ce n’est pas une question de sainteté personnelle, ni de pénétration du mystère, ni de grandeur surnaturelle, ni de fidélité jusque dans la passion du Christ, mais une simple question d’expression écrite de ce mystère, c’est-à-dire d’un savoir-faire tout bêtement naturel.
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Deux remarques, enfin, plus anecdotiques.
Attention à ne faire des conclusions trop hâtives : si l’évangile de Jean est le plus tardif dans sa rédaction finale, il présente plusieurs traces de rédaction successives ; et rien ne prouve que Jean ait été « le disciple le plus proche du Christ »… une certaine tradition l’affirme, et chacun est libre de le croire évidemment, mais en vérité, on n’en sait fichtre rien. Pour finir sur la question de la rédaction des écrits attribués à Jean, je vous renvoie à cette question dans la FAQ : L’apôtre Jean est-il finalement l’auteur du 4e évangile ?
Enfin, il y a peut-être dans certaines remarques une confusion entre les propos d’Éloi Leclerc et ceux de Jean Zumstein. Sur la forme, sachez que le premier est un prêtre et religieux franciscain quand l’autre est un théologien suisse protestant, laïc, marié et père de famille. Ils ont des approches et des vies totalement différentes : le premier est un spirituel, un priant, quand le second est un exégète qui a passé sa vie à étudier scientifiquement le corpus johannique. Il me semble qu’il faut bien distinguer ce qui relève de l’un et de l’autre. Il y a peu, dans une conférence de presse, le Premier ministre François Bayrou s’est appuyé sur une citation de Lénine ; cela n’en fait pas des parents de pensée pour autant.
Pierre G. (SEDIF)
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