Pourquoi, dans la liturgie, disons-nous tantôt « je crois », tantôt « nous croyons » ?
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Pour certaines cérémonies, on utilise la triple profession de foi baptismale (notamment pour la Vigile Pascale, qu’il y ait ou non des baptêmes) ; et les réponses de l’assemblée sont soit « je crois », soit « nous croyons ». Si le « je » nous engage plus intimement (cf. le polycopié : « En disant ‘je crois’, le croyant est amené à opérer en lui-même un travail intérieur. ») le « nous » a une dimension plus communautaire (cf. le polycopié : Identité chrétienne et appartenance à une même communauté fondée sur la foi des apôtres.) Nous ne sommes pas tout à fait d’accord sur la « bonne » réponse !
Cette question touche à une double dimension très profondément inscrite dans la liturgie… et dans notre foi chrétienne. Dans la profession de foi baptismale (notamment à la Vigile pascale), l’alternance entre « je crois » et « nous croyons » n’est effectivement pas accidentelle. Elle exprime deux dimensions complémentaires de la foi chrétienne : personnelle et ecclésiale.
Le « je crois » manifeste la foi comme un acte personnel. Le « je crois » est tout simplement, d’abord, la forme baptismale traditionnelle. Dans l’Église ancienne, le baptême se faisait par une triple interrogation : « Crois-tu en Dieu le Père… ? » – « Crois-tu en Jésus Christ… ? » — « Crois-tu en l’Esprit Saint… ? » Et le candidat répondait à chaque fois : « Je crois ». Pourquoi au singulier ? Parce que la foi n’est pas une adhésion vague ou collective. Elle est un acte personnel, libre, conscient. On ne peut pas croire à la place de quelqu’un. Même si l’on est porté par la foi de l’Église (et, pour un enfant, par celle des parents et parrains), chacun doit un jour répondre en son nom propre. Dire « je crois », c’est donc affirmer sa foi personnellement, renouveler les promesses de son propre baptême, s’engager à nouveau devant Dieu. À la Vigile pascale, même sans baptêmes, l’assemblée renouvelle sa propre foi baptismale : chacun parle en son nom.
Mais alors, me direz-vous, pourquoi ce « nous » qui surgit tout à coup ? Tout simplement pour manifester que notre foi, aussi personnelle soit-elle, est prise dans la foi de l’Église. Le « nous croyons » exprime une autre vérité essentielle : la foi chrétienne n’est pas individuelle, elle est ecclésiale. On ne croit jamais isolément. On reçoit la foi : de la prédication de l’Église, de la Tradition, de la communauté croyante. Quand ce nous a-t-il commencé à émerger ? On en a la trace dès les Actes des Apôtres : L’Esprit Saint et nous… (Ac 15). Il n’est pas question ici d’un acte de foi, mais c’est déjà le signe visible et éclatant d’une dimension communautaire de l’Église.
Dès lors, cette dimension ecclésiale s’est traduite en bien des endroits, dont les actes de foi : le Credo de Nicée-Constantinople, dans sa forme originelle grecque, commence d’ailleurs par : « Nous croyons » (pisteuomen). C’était la confession commune des évêques réunis en concile. Dire « nous croyons », c’est donc affirmer la foi de l’Église tout entière, se reconnaître membre d’un corps, confesser que la foi dépasse ma compréhension personnelle.
La liturgie joue volontairement sur ces deux dimensions. Sans le « je », la foi risquerait de devenir impersonnelle, sociologique. Sans le « nous », elle risquerait de devenir individualiste, subjective. Le christianisme est précisément l’union des deux : Je crois — mais jamais seul. Nous croyons — mais chacun personnellement. On pourrait dire en quelque sorte que le « je » protège la liberté, le « nous » protège la vérité reçue.
Pierre G. (SEDIF)
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