Interview de Mgr Nicolas Brouwet dans le cadre de l’Assemblée Plénière des Evêques à Lourdes

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 1/ Mgr Nicolas BROUWET, vous êtes actuellement à Lourdes pour l’Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes du 3 au 8 novembre.

Pouvez-nous dire en quoi ces rencontres sont importantes ?

MGR NB : L’Assemblée des évêques à Lourdes est une façon très concrète de vivre la collégialité. C’est un point extrêmement important. Parce qu’un évêque, s’il est bien pasteur de son diocèse, avec toute la responsabilité qui en découle, est d’abord membre du collège des évêques. Il n’est jamais à son compte. Non seulement il est envoyé par le Seigneur, mais il est acteur et garant de la communion avec le reste de l’Eglise.

Un évêque ne se comprend jamais comme s’il était seul maître à bord.  Membre du collège des évêques uni au Pape, il exerce sa charge en communion avec tous les autres évêques, et en particulier avec ceux de son pays. C’est pourquoi si un évêque est envoyé à un diocèse particulier, il porte également le souci de la mission universelle de l’Eglise.

C’est aux Douze apôtres que le Seigneur Jésus a confié l’annonce de l’Evangile. Le collège des évêques continue cette œuvre missionnaire. Les assemblées de Lourdes sont une forme d’exercice de cette collégialité voulue par le Christ Jésus.

Si je précise cela c’est parce que notre collégialité épiscopale a un sens ecclésiologique profond. Ce n’est pas une forme d’organisation provisoire qui pourrait changer au gré d’un courant de pensée nouveau. L’Eglise est « apostolique », comme nous le confessons dans le Credo pendant la messe du dimanche. Elle est fondée sur la foi des Apôtres. Le collège des évêques uni au Pape a la charge de conserver l’intégrité de cette foi transmise de générations en générations.

2/ Le fil rouge de cette Assemblée dautomne est lannonce de la foi, une volonté de l’épiscopat pour voir plus loin que les questions internes à l’Église catholique. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quest-ce que cela représente pour vous en tant qu’éque de Nîmes ?

Nous avons en effet travaillé sur le thème de la mission. Un évêque est choisi et envoyé pour annoncer l’Evangile. C’est, si je puis dire, sa raison d’être. En abordant la question de la mission, nous avons été remis devant le cœur de notre appel à l’épiscopat, le cœur de notre ministère. L’Eglise est missionnaire par définition. Pourquoi ? Parce que le Christ est venu annoncer le salut à tous les hommes. L’Evangile accueilli dans le souffle du Saint-Esprit est un feu brûlant dont nous avons envie d’embraser le monde, afin que tous les hommes sachent combien ils sont aimés de Dieu, combien leur vie a un sens et comment la confession de Dieu Père fonde la fraternité entre tous.

C’est aux évêques de réveiller le dynamisme missionnaire de nos communautés. D’autant plus que l’annonce de l’Evangile, si les évêques en portent la responsabilité, n’est pas uniquement l’affaire du clergé ; tous les baptisés en ont la charge, partout où ils sont, partout où ils vivent. Un baptisé est un missionnaire par définition, même si la façon d’annoncer le salut en Jésus-Christ peut prendre mille formes dans la vie d’un chrétien.

3/ Y a t-il des décisions ou des orientations qui seront prises à la suite de cette Assemblée dautomne ?

MGR NB : « Nous travaillons depuis déjà plusieurs années sur la réforme de la Conférence des Evêques de France. Nous y allons par étapes et chaque assemblée est l’occasion de faire un pas en avant.

Nous avons aussi échangé entre nous sur les relations que nous entretenons avec les Musulmans avec lesquels il n’est pas toujours simple d’entrer en relation. Il faut avouer que nous les connaissons mal et nous ne savons pas très bien comment ouvrir un dialogue. Le service de la Conférence des Evêques pour les relations avec les Musulmans nous a aidé à y voir plus clair et nous a donné des pistes pour créer des liens et apprendre à nous connaître.

Du temps a également été consacré à réfléchir à l’avenir de nos diocèses dans un contexte d’élan missionnaire et de forte sécularisation. Lorsque David doit affronter le géant Goliath, il commence par essayer d’endosser l’armure du roi Saül. Elle n’est pas faite pour lui et il ne parvient même pas à avancer. Il se débarrasse alors de l’armure, prend quelques pierres qu’il met dans sa besace et part affronter son adversaire. L’armure de tous nos moyens logistiques est souvent devenu un poids pour la mission. Nos structures, notre immobilier, nos organisations géographiques ne correspondent plus à nos besoins et parfois nous épuisent au lieu de servir l’annonce de l’Evangile. C’est cela que nous devons revoir pour retrouver notre agilité. «

4/ En quelques mots, pouvez-vous nous dire selon vous, quels sont les enjeux essentiels et les défis pour lEglise catholique en France sur ce thème de lannonce de la Foi.

MGR NB : « Nous n’annonçons pas la foi pour gagner des adeptes ou par nostalgie pour le passé, comme si notre avenir était dans la reconstruction de ce que nos parents ou grands-parents ont connu. Nous annonçons le Christ parce qu’il est Sauveur de tous les hommes. Tous ont vocation à se savoir aimés de Dieu, à se savoir choisi personnellement et appelé. « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17,3). Ce salut est libérateur de l’enfermement sur soi-même, des multiples idoles de notre époque, d’une vie dépourvue de sens, du désamour de soi, du tombeau de l’injustice et de la violence, d’une existence uniquement tournée vers le confort et la consommation. L’Evangile est une libération ; il tourne en effet notre regard vers le ciel, non pour nous enfuir de la terre mais pour lui en donner le goût : celui d’une fraternité fondée sur la confession de l’unique Père des cieux.