En hommage à Mgr Henri Teissier

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Contributeur : Service diocésain de la communication | En hommage à Mgr Henri Teissier

Nous avons appris le décès à Lyon de Mgr Henri Teissier, archevêque émérite d’Alger, le 1er décembre 2020, le jour de la fête du bienheureux Charles de Foucauld…. « Tous deux avaient été profondément marqués par la prière et le témoignage des musulmans. Tous deux avaient appris, à leur contact, un sens plus juste et plus exigeant de la mission de l’Église. »
Les hommages sont nombreux, parmi ceux-ci, celui de Mgr Jean-Marc Aveline (que nous venons de citer), archevêque de Marseille, président du Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux au sein de la Conférence des évêques de France et membre du dicastère chargé du dialogue avec les autres religions.

Tout comme Monseigneur Pierre Claverie, évêque d’Oran assassiné, Monseigneur Teissier avait un lien particulier avec notre diocèse depuis le départ précipité des Clarisses d’Alger dont il avait veillé à l’installation au monastère de Nîmes.
Certains ont croisé sa route et celle des jeunes qu’il accompagnait en 1997 à l’occasion des JMJ à Paris. Nous les avions accueilli une semaine auparavant dans la plus grande discrétion pour leur sécurité et nous n’avons pas oublié le témoignage bouleversant de ces jeunes éprouvés dans leur foi et jusque dans leurs familles… D’autres l’ont côtoyé de manière plus durable, personnelle, filiale même, comme nos chères sœurs Clarisses que nous remercions pour leur partage, comme nous remercions M. Bernard Deschamps et le P. Pierre Lombard pour leur contribution.

Lundi 1″ Décembre 2020

A Dieu, notre Père
Les chemins de Dieu ne sont pas toujours ceux dont nous avions rêvé, mais ils sont tous des chemins d’amour.
En ce 1″ Décembre, – fête du Père de Foucauld, – au point du jour, ce grand apôtre du désert est venu chercher Monseigneur Henri Teissier pour le conduire dans la Lumière de Dieu.
Rien n’est simple hasard, tous deux avaient bien des points communs :
– Une immense humilité qui permettait au Seigneur d’accomplir ses desseins à travers eux sans aucun obstacle, et de les conduire tous deux, à des sommets qu’ils ne pouvaient imaginer. Chemins souvent profondément douloureux
– Et cet amour sans faille pour l’Algérie et son peuple. Ils étaient totalement donnés à cette mission et Monseigneur Teissier désirait rester à jamais sur cette terre d’Afrique du Nord.
Cette toute petite Église que le Seigneur lui avait confiée, il la voulait unie, au service du Pays et ouverte à tous.
Les « années noires » furent terribles pour le peuple Algérien. Monseigneur Teissier porta en son cœur la souffrance de tous : que de fois nous avons été témoins de ses larmes. Il se multiplia pour les membres de son Église : il téléphonait aux uns, visitait régulièrement les autres, se faisait proche de tous.
A Noël 1994, il était dès le matin à Tibhirine malgré les dangers de la route, et à 4h de l’après-midi, il sonnait à la porte de notre Monastère.
Il avait demandé à toutes les Congrégations religieuses d’avoir un point de chute hors de l’Algérie. Sachant que nous voulions à tout prix rester sur place, lui-même prit contact avec Monseigneur Cadilhac pour savoir s’il accepterait de nous accueillir. Il connaissait l’évêque de Nîmes et le Gard qu’il aimait. Aussi, était-il sûr que nous pourrions y pousser des racines. Depuis 1995, il passait chaque année pour nous voir, rester proche de nous et nous partager avec cœur l’évolution de cette terre Algérienne en de riches synthèses. Il devait venir cette année encore, mais le confinement l’en a empêché.
Il nous rejoindra, mais d’une autre manière, car depuis 6h ce matin, une petite étoile est née dans le ciel, visible avec le cœur seulement. Elle nous dit : « courage, n’ayez pas peur, soyez dans la joie, l’amour du Seigneur est de tous les jours. «  La vie est éternelle ! »

Vos Sœurs Clarisses de Nîmes

Avec le Cardinal Duval, Mgr. Claverie, Mgr. Scotto, le Dr. Pierre Chaulet et Claudine son épouse, le Père Teissier fut de ces catholiques qui refusèrent d’être des auxiliaires de la colonisation et apportèrent leur appui à la revendication de l’indépendance de l’Algérie.
Selon son expression, « Eglise d’un peuple musulman », l’Eglise catholique se veut au service de l’Algérie. « En solidarité avec elle, à son service, dans le dialogue de la vie quotidienne et dans la prière. » (1) Elle va donc s’inscrire naturellement et résolument en 1962 dans une démarche constructive avec la volonté de contribuer au développement et à l’essor de la jeune République.
« Témoigner auprès d’eux (des musulmans, ndlr) d’une présence chrétienne ne consiste pas à chercher à les convertir, mais plutôt à partager leur humanité, être avec eux dans le respect de leur foi et le souci du dialogue. »(2). A ses yeux l’Islam n’était pas responsable des crimes terroristes. (3)
Profondément attaché à l’Algérie dont il avait obtenu la nationalité, Mgr. Henri Teissier y restera pendant la décennie terroriste des années 80 afin d’être aux côtés des victimes. Il vécut douloureusement la mort des 19 martyrs catholiques parmi lesquels les moines de Tibhirine dont il était très proche.
Lors d’un voyage de l’association France-El Djazaïr en 2007, il nous avait reçus à l’Archevêché d’Alger où nous avions pu nous entretenir avec lui de la situation des chrétiens en Algérie (4). Depuis lors, nous échangions de temps à autres par e-mail ou au téléphone. Je lui avais adressé la recension que j’avais rédigée de l’ouvrage « L’Eglise et les chrétiens dans l’Algérie indépendante » qu’il avait préfacé.(5). Dans sa réponse, il me disait avoir découvert pendant la guerre d’indépendance, « ce qu’aurait pu être une Algérie à origine ethnique multiple […] quand les communistes européens et algériens se reconnaissaient pour avoir lutté ensemble dans les années terribles ». C’était en septembre dernier. Je n’imaginais pas sa fin si proche.
Avec la disparition de Mgr. Henri Teissier qui a vécu intensément les drames de notre époque, une page de l’histoire de l’Algérie se tourne…
Je partage la tristesse de ses neveux, de sa famille et de mes ami(e)s catholiques qui ce soir, je le sais, se sentent orphelins, et je leur adresse mes sentiments d’amitié.

Bernard Deschamps
Ancien député

  • Hommage complet, renvoi des notes (1 à 5) dans le texte et communiqué de L’Association d’amitié franco-algérienne « France-El Djazaïr » sur le blog www.bernard-deschamps.net/

Dans sa jeunesse dans les années 70 il suscita dans l’Algérie indépendante, avec d’autres personnes, un courant de sympathie et de dialogue dans un centre d’études et de rencontre que beaucoup fréquentaient à Alger : « Les glycines ».
Chrétiens et musulmans s’y retrouvaient et c’est là que s’élabora peu à peu des réseaux pour le dialogue islamo-chrétien. Il fut en cela soutenu par son évêque, le cardinal Duval.
A cette époque, le P. Henri Teissier disait que ce qui l’inspirait c’était surtout le Concile Vatican II, notamment le décret portant sur les relations aux religions non chrétiennes, dans lequel il puisa l’esprit pour mettre en oeuvre des initiatives sur le terrain.
Il racontait que c’est dans ces années que sont nés des groupes, des colloque où chrétiens et musulmans se retrouvaient, par exemple le GRIC (Groupe de recherche islamo-chrétien). C’est l’époque des rencontres au Maghreb, mais aussi à Assise en Italie, en Egypte. Il était en lien étroit avec le PISAI (Institut pontifical des études arabe et islamique de Rome).
Mgr Teissier parlait arable, le dialectal et le littéraire qu’il avait étudié au Caire.
« Au Maghreb », disait-il, « l’Eglise catholique apprend à devenir une Eglise de la relation à l’autre. Elle est accueillie par l’autre qui lui fait une place, même si elle est très modeste. »
Il parlait du dialogue quotidien de la vie, celui des rencontres dans les quartiers, dans le travail, à l’occasion des fêtes et des événements de la vie sociale et familiale.
Dans les années 1988, il assista aux heurts dans la société algérienne avec la jeune génération et à un retour agressif de l’Islam. Il s’est interrogé sur les raisons de ce retour, surtout quand celui-ci prit la forme radicale au moment de la « décennies noire. » – 1990 – où tant de violences et d’attentats touchèrent la société algérienne.
Nous avons connu les martyrs chrétiens : religieux, prêtres, les moines de Thibirine, l’évêque d’Oran Pierre Claverie. Mgr Teissier ajoutait toujours, comme le le rappellera lors de leur béatification à Oran, en décembre 2018, que ces victimes de notre Eglise ne doivent pas nous faire oublier celles e la société civile algérienne ou plusieurs centaines de milliers de personnes furent assassinées : religieux, familles, intellectuels…
Devenu évêque d’Oran en 1972, avant Mgr Claverie, il succède comme archevêque d’Alger en 1988 au cardinal Duval.
Très attaché aux sœurs Clarisses de Nîmes qui avaient dû quitter l’Algérie, il aimait s’arrêter à Nîmes pour les rencontrer et garder ce lien fort avec elles.
Il fut leur père-évêque à Alger, il devint leur frère-évêque à Nîmes.
Il écrivit dans les années douloureuses de l’Algérie : « Les permanents de l’Eglise au Maghreb renouvellent chaque jour l’offrande de leur vie ». Quand on l’interrogeait sur le sens de la présence de l’Eglise catholique en Algérie, il disait : « C’est le témoignage de la Foi vécue avec très peu de moyens, dispersée dans le pays, elle vit des liens d’amitié et de partage avec tous. Cela se vit dans un grand dépouillement. »

Pierre Lombard

  • Au cours de sa vie, Mgr Henri Teissier rédigea plusieurs ouvrages : Église en Islam, Centurion (1984) ; La Mission de L’Église, Desclée de Brouwer (1985) ; Histoire des chrétiens d’Afrique du Nord, Desclée de Brouwer (1991) ; Lettres d’Algérie, Bayard-Centurion (1998) ; Chrétiens d’Algérieun partage d’espérance, Desclée de Brouwer (2002).

Betty Delichère
Service diocésain de la communication