Profession solennelle de Sœur Anne à Cabanoule

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eglise

Contributeur : Service diocésain de la communication | Profession solennelle de Sœur Anne à Cabanoule

“Nous ne méritons pas la vie religieuse, c’est un don d’amour que nous avons reçu”, écrit le Pape François dans son message du 2 février 2020, Journée mondiale de la vie consacrée. « Grâce à Dieu ! », la prochaine profession solennelle de Soeur Anne, au monastère cistercien La Paix Dieu à Cabanoule, l’illustre parfaitement. Entretien (vidéo, version courte – écrit, version longue).

Qu’est-ce que la profession solennelle ? A quoi allez-vous vous engager ?
La profession solennelle, c’est l’acte par lequel je m’engage définitivement à la suite du Christ dans la communauté cistercienne de la Paix-Dieu. C’est un « oui » pour la vie, à l’aide de trois vœux : stabilité, conversion de vie, obéissance.

Les deux premiers vœux sont propres à l’ordre cistercien.
Le vœu de stabilité : vivre la stabilité dans le lieu et dans la communauté, une stabilité qui dure dans le temps, peut ouvrir un espace pour une plus grande liberté intérieure. Elle permet d’approfondir sa vie spirituelle, d’être vraiment soi-même dans la liberté… Et pour se découvrir en vérité, dans l’amour du Christ, il peut être aidant de laisser tomber quelques échappatoires, d’éviter de se disperser… quoique le vœu ne constitue pas une garantie, mais il aide à tendre vers le but visé : demeurer dans l’amour du Christ !
Le vœu de conversion de vie : concrètement, cela consiste à chercher la simplicité dans sa vie, comme dans ses relations. Pauvreté et chasteté, incluse dans ce vœu, ouvrent un espace pour l’autre, pour sa vie et son mystère. Avec un grand désir de se laisser tourner vers le Christ. Jour après jour.

Le vœu d’obéissance : il libère ! Non pas de la responsabilité, ni des choix, et n’a pas pour vocation une quelconque démission de la personne ! Lorsque je choisis d’obéir, je choisis de me soustraire à la tyrannie du moi. Je le remets à sa place, il est second par rapport au bien commun, il ne sait pas tout, et n’est pas toujours à même de choisir la vie. L’espace s’ouvre encore. Au-delà de cela, et plus profondément, il s’agit d’entrer dans le propos du Christ obéissant au Père. Mon désir de suivre Jésus, source de vie, passe par l’obéissance au Christ. Lui seul est à même de me donner de devenir qui je suis réellement. Dans la vie communautaire, c’est l’obéissance à la Prieure, qui a été élue par la communauté pour rendre le service de l’autorité. « Obéissance » vient du mot « écouter ». On aura une obéissance d’autant plus prompte que l’écoute aura été fine, d’un côté comme de l’autre. Et ensemble, nous cherchons la volonté de Dieu.

Vous avez été appelée et vous avez répondu, mais comment est né ce désir de devenir moniale ?
Je suis née dans un milieu porteur pour cela ! D’une famille chrétienne, avec des parents engagés dans l’Eglise (longtemps auprès de la Société de Marie, puis dans le diocèse de Nîmes), tout semblait prêt pour « une vocation » !
Et pourtant, c’est relativement tard, à 27 ans, que je l’ai entendu de cette oreille…

J’avais découvert la richesse de la vie spirituelle. Un peu. J’avais rencontré des témoins de la foi. Beaucoup. J’avais témoigné moi-même, notamment dans mes engagements en aumônerie. Longtemps. Mais je ne savais pas réellement de qui il s’agissait !
Il manquait cette rencontre personnelle où Dieu et ma vie n’ont fait plus qu’un.

A partir de là est né le désir d’en être proche au quotidien, sans savoir où, ni comment. Pourtant, je fréquentais déjà l’hôtellerie du monastère, pour des temps de ressourcement !
Mon attirance pour une vie de style communautaire m’a conduite à l’Arche de Jean Vanier, au Moulin de l’Auro (84), où je suis restée 3 ans. J’y ai reçu une formation d’AMP (aide médico psychologique). Moi qui auparavant avais enseigné le français, je découvrais le langage du cœur, et la richesse des personnes qui vivent leur handicap, leur pauvreté sans filtres. Beaucoup n’attendaient rien de moi ! Dépouillement essentiel, école de simplicité où vivre le présent comme un don – dans les bons jours, et les moins bons.

A quelle occasion avez-vous découvert Cabanoule ?
Au cours d’une journée de tourisme dans la région ! J’ai découvert la petite église (que je croyais être une chapelle), paisible et accueillante. Après cette halte, j’ai eu la chance de visiter le musée du Désert, guidée par un protestant qui ne jugeait pas, ni les personnes, ni l’histoire. Ensuite, le musée Haribo !

Sans le savoir vous étiez dans la dynamique du monastère qui est de prier pour l’unité des chrétiens !
C’est ça ! L’histoire est présente ici ! (rires)
Et patiente, car je ne suis entrée au monastère que des années après !

Quelles sont les étapes qui précèdent la profession solennelle ?
Le 1er contact (pour découvrir) : Pour un premier contact, on peut passer quelques jours à l’hôtellerie du monastère, partager la vie de prière. Ce que je faisais sans imaginer devenir moniale un jour !

Le « VVD » (comment orienter ma vie ?) : Ensuite, pour découvrir davantage la vie monastique, dans une dynamique de discernement pour orienter ma vie, j’ai fait un « VVD : Viens, vis et Deviens ». C’est un service d’Eglise, qui n’a pas vocation à « recruter » ! Je me sentais appelée, sans trop savoir… C’était l’occasion de découvrir davantage, de poser mes questions, de sentir les choses aussi !

Comme elles avaient la bonne odeur du Christ, un parfum de liberté et de croissance, j’ai souhaité approfondir davantage.

Les Sœurs qui m’accompagnaient, dans leur sagesse, m’ont demandé de laisser passer un petit peu de temps, de manière à voir si l’appel perdurait ou non. D’être accompagnée spirituellement, et d’aller voir ailleurs, dans d’autres formes de vie consacrée, contemplatives, apostoliques….

Le stage (suis-je appelée à la vie monastique ?) : J’ai demandé à faire un stage un petit peu plus long – j’ai profité de mes vacances car je travaillais à l’époque. Et j’ai vraiment senti que ma place était ici. Je n’aurais pas pu l’expliquer : c’est comme si l’on me demandait d’expliquer pourquoi l’on est tombé amoureux de telle ou telle personne. Là c’était un lieu, une communauté… Le Christ !

Le postulat (commencer, et recommencer !) : Il y a ensuite le postulat. Entre le stage et le postulat, j’ai laissé mon travail, mon logement… A la surprise de tous ! C’est un temps où l’on quitte sa famille, ses amis, de manière à vivre une immersion dans la vie monastique, en découvrir la communauté et le rythme.
J’étais alors « au noviciat », c’est-à-dire dans un lieu à part pour dormir, faire lectio divina. Au bout de 9 mois, j’ai demandé à faire un pas de plus dans la vie monastique, et j’ai reçu l’habit de novice.

Le noviciat : Au noviciat, on reçoit l’habit de novice après en avoir fait la demande. Cette étape dure deux ans. Pendant cette période, on poursuit l’adaptation et la formation spécifique avec les transmissions données ici par différentes sœurs de la communauté, en fonction de leur domaine de compétence.
C’est encore un temps de discernement, de lâcher prise (sans responsabilités, il apparaît que le faire ne me définit pas), de découverte. Et de découverte de soi, avec toute la pâte humaine qui nous constitue, et ses heureuses imperfections !
Quand on quitte son habit d’avant, qui nous identifie beaucoup, et que l’on reçoit un autre vêtement, on laisse une certaine idée de soi. Le vêtement blanc offre de replonger dans l’identité baptismale.

Puis vient la profession temporaire ou l’on s’intègre davantage à la vie de la communauté, avec des petites responsabilités qui nous sont confiées.

La profession solennelle, c’est pour toujours, mais ça sera aussi chaque jour. Pouvez-vous nous en parler ?
La fidélité qui va commencer ce jour-là, va se vivre complètement à la grâce de Dieu ! Il me semble qu’il y a à la fois l’audace de l’engagement, la confiance en Dieu et en la communauté et aussi dans l’Ordre. Mais c’est Dieu qui construit tout ça !
J’engage ma fidélité auprès de celle de Dieu, mais si je le fais c’est parce que le Seigneur sera fidèle. Et c’est là que je m’engage : j’engage ma confiance auprès de sa fidélité à Lui. On dit que le moine, c’est celui qui chaque jour tombe et se laisse relever par le Christ. Et ainsi, ma fidélité… C’est la sienne ! Après, j’ai ma part de responsabilité et j’engage ma liberté auprès de lui.

Comment s’équilibrent et se complètent la vie personnelle et la vie communautaire ?
Nous sommes beaucoup ensemble, et dans la vie communautaire, je trouve un encouragement précieux pour être dans la fidélité à moi-même, aux autres, au Christ. C’est un lieu où l’on peut être en vérité car le fait d’être ensemble dans la durée permet de se découvrir et de découvrir les autres différemment. Le cadre de notre vie est très présent : six fois par jour, tous les jours, aux mêmes heures, nous prions ensemble, nous prenons nos repas ensemble, nous vivons dans l’espace de la clôture monastique, et en fonction des besoins, des emplois, nous travaillons ensemble… Aujourd’hui, il me semble que paradoxalement ce cadre assouplit les cadres et autres idées parfois préconçues que l’on peut avoir à l’intérieur de soi ! Voire les fait exploser pour plus de vie… Cela ouvre un espace de liberté intérieure. Qui est évangélique, car je crois que dans l’Evangile, le Christ fait ça tout le temps !
Alternant avec cette vie communautaire forte, il y a un espace pour la vie plus personnelle. Pour être avec soi, avec le Christ, pendant le temps du grand silence, du soir, à complies, jusqu’au lendemain matin : il y a du temps pour prier, pour suivre davantage son rythme, pour se reposer et dormir tout simplement, ou encore pour prendre un moment de lectio divina, de lecture priante de la Bible qui est juste gratuite. C’est là qu’on se met très spécialement à l’écoute du Christ dans notre cœur : il y faut du calme, de la solitude, de la liberté !

Que diriez-vous à celles qui sont peut-être interpellées par la vie consacrée mais qui ne savent pas, où n’osent pas aller plus loin ?
Je vais juste dire ce que j’ai vécu… Quand je me suis posé la question de la vie religieuse, de la vie monastique, c’était d’abord la question de Cabanoule car je m’y suis sentie appelée. Je n’ai pas pensé à être religieuse ailleurs. Cette question revenait sans cesse, comme une idée bizarre, mais en même temps comme si ma vie en dépendait. J’avais beau prier, lire des livres sur la question, je ne savais que faire. D’autant plus que je me savais bien imparfaite, faillible, incapable de bien prier ni de bien aimer, alors porter la prière de l’Eglise et avec l’Eglise, c’était clairement impossible !!
J’ai demandé de l’aide au diocèse dans lequel je me trouvais à ce moment-là et j’ai rencontré le responsable du service de vocations. Il m’a dit simplement : « Pourquoi ne pas essayer ? Sinon vous allez vivre avec cette idée toute votre vie… Essayez, vous serez fixée ! »

J’ai suivi le conseil, et c’est comme ça que j’ai osé en parler aux sœurs de Cabanoule, qui m’ont proposé un VVD, pour pouvoir discerner si j’étais appelée à la vie monastique ou autre… Ensuite, j’ai rencontré d’autres communautés, pour découvrir la vocation apostolique. Là, je n’ai pas poursuivi, mais cette ouverture était belle, et importante pour pouvoir réfléchir durant les jours pluvieux voire orageux de mon discernement au cours du noviciat et des vœux temporaires !
Ce qui a beaucoup compté dans mon cheminement, c’était de me sentir très libre, et absolument pas récupérée : ni par la communauté, ni par l’Ordre. Par Dieu, ça n’est pas possible : Il ne fait jamais cela !
Un autre point, c’était de sentir un certain déploiement intérieur, de l’ordre de la vie, de la joie qui ouvre un espace.
Avec ces deux éléments, croissance et liberté, il me semble qu’on peut commencer à commencer.


-> Découvrir le Monastère cistercien La Paix Dieu