En Dieu, quelle est la différence entre personne et relation subsistante ?
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Le P. Luc Mellet cite saint Augustin qui parle des Trois comme des pures « relations subsistantes », et non des « personnes »… Quelle est la différence entre personne et relation subsistante ?
Merci pour votre excellente question, qui nous place au cœur du mystère des Trois dans l’unique Dieu. Si vous arrivez à comprendre la corrélation entre « personne » et « relation subsistante », vous vous rapprocherez considérablement du mystère de Dieu – autant du moins que l’intelligence humaine le peut, c’est-à-dire pas beaucoup… mais c’est mieux que rien !
La distinction entre « personne » et « relation subsistante », chère à S. Augustin et S. Thomas d’Aquin, permet d’expliquer comment Dieu peut être un en essence et trine en personnes. Car le mot « personne » peut nous tromper si on ne prend pas le temps de bien le comprendre !
Prenons un exemple amusant, avant d’entrer dans le vif du sujet : lorsqu’on parle de la colère de Dieu dans le Premier Testament, il est littéralement écrit que les narines de Dieu s’enflamment, car les Juifs n’usent que très peu de concepts. Dieu a-t-il des narines ? Évidemment non. De même le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas des personnes, au sens humain du terme. C’est ce qu’on appelle une analogie.
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Alors, reprenons. Le terme « personne », hérité de la définition de Boèce comme « substance individuelle de nature rationnelle », doit être précisé lorsqu’il s’applique à Dieu, puisqu’il n’y a en lui qu’une seule substance. En d’autres termes, le mot « personne » est imparfait : quand nous parlons de deux personnes, au niveau humain, cela renvoie à deux êtres totalement séparés (vous qui me lisez, et moi qui vous écrit, par exemple).
Dans la Trinité, les personnes divines ne sont pas trois substances distinctes, mais trois « qui » réellement distincts dans l’unique nature divine. Cette distinction ne peut venir de l’essence elle-même, qui est absolument une, mais seulement des relations d’origine : le Père est relation de paternité, le Fils relation de filiation, et l’Esprit relation de procession (ou spiration). Or, contrairement aux créatures où les relations sont des accidents ajoutés à la substance (en gros, aucune relation humaine n’est une nécessité absolue : toute relation pourrait ne pas être ou être différente), en Dieu elles ne sont pas ajoutées mais identiques à l’essence divine et existent en subsistant réellement (en gros, les relations en Dieu sont absolument nécessaires, il ne peut en être autrement puisque ces relations constituent l’être de Dieu lui-même).
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C’est pourquoi on dit que, en Dieu, la personne est une relation subsistante : « personne » désigne le sujet personnel (le « qui »), tandis que « relation subsistante » en fournit l’explication métaphysique, en montrant comment la distinction réelle n’introduit aucune division dans l’unité absolue de Dieu. Une relation subsistante est, en Dieu, une relation (comme la paternité ou la filiation) qui n’est pas ajoutée à la substance divine, mais qui existe en elle-même. Elle est identique à l’unique essence de Dieu et constitue ce qui distingue réellement les personnes divines sans diviser Dieu.
Le mot « subsistante » peut également nous induire en erreur (ah les mots, si nécessaires et si imparfaits, surtout quand on parle de Dieu !) : cela n’implique pas, comme dans l’imaginaire populaire d’aujourd’hui, un instinct de conservation, un mode survivaliste ou que sais-je encore. Subsistere signifie littéralement « se tenir sous », « se tenir fermement », « exister par soi ». En théologie trinitaire, dire qu’une relation est subsistante signifie qu’elle n’est pas un accident ajouté à une substance (contrairement à nos relations humaines, qui vont et viennent), mais qu’elle « se tient en elle-même », qu’elle existe réellement comme sujet personnel. Ainsi, la paternité, la filiation et la procession ne sont pas des qualités de Dieu : elles sont Dieu lui-même selon un mode relationnel distinct.
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Terminons par une analogie, nécessairement imparfaite, qui peut vous éclaire sur ce que sont les personnes et les relations subsistantes…
Imaginons une source lumineuse qui éclaire parfaitement un miroir, et du rayonnement qui procède de cette lumière. Il n’y a qu’une seule et même lumière, mais elle existe comme source, comme reflet parfaitement reçu par le miroir, et comme rayonnement commun (source et reflet produisent la lumière).
Dans cette image, la personne correspond au « qui » : la source, le reflet, le rayonnement constituent trois « qui ». La relation subsistante correspond au fait que chacun n’est distinct que par sa relation d’origine : la source est ce qui engendre la lumière, le reflet est ce qui la reçoit, le rayonnement est ce qui procède — et ces relations ne sont pas ajoutées à la lumière, elles sont la manière même dont l’unique lumière existe.
Ainsi, la distinction ne divise pas la lumière : elle vient uniquement des relations.
Pierre G. (SEDIF)
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