La « désagrégation » : ne sommes-nous que poussière ? Qu’avons-nous à offrir à Dieu ?
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La désagrégation : ne sommes-nous que poussière ? Cela veut-il dire que ce qu’on a à offrir à Dieu, finalement c’est une accumulation de petits riens, mais c’est tout en même temps ? La seule chose qui compte est-il notre désir de s’élever ?
Voilà une série de belles questions qui demande de bien distinguer quelques points.
Tout d’abord, le mot « désagrégation », qui est utilisé dans le texte de Pierre Teilhard de Chardin. Pour le théologien, qui est aussi un scientifique paléontologue (c’est important !), la « désagrégation » désigne un processus de décomposition, de désunion, de retour au chaos. À partir de là, il opère naturellement une analogie, transposant le mot sur le plan spirituel et moral ; la désagrégation désigne dans sa pensée plusieurs réalités : la séparation de l’homme avec Dieu, la rupture du lien d’amour qui unifie toute la Création, la décadence spirituelle, l’éparpillement des consciences dans l’individualisme, le repli…
Vous comprenez dès lors que la désagrégation n’est pas un objectif mais le péril suprême : en conclure que nous ne sommes que poussière est un contre-sens. Au contraire, par l’offrande du monde entier au Christ, avec la sanctification de tous nos actes dans le Christ et par le Christ, le mouvement est inversé : ce n’est plus la désagrégation qui mène à la mort qui advient, mais l’unification qui conduit à la plénitude et à Dieu. Cela répond à votre dernière question : la seule chose qui compte pour Teilhard, c’est notre désir d’unité, de communion, de plénitude, de vie en Dieu. Pour Teilhard, c’est le mouvement même du monde d’aller vers plus de complexité, plus de conscience et plus unité, grâce à Dieu.
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Alors, me rétorquerez-vous peut-être, comment comprendre la parole : « Souviens-toi, homme, que tu es poussière et que tu redeviendras poussière », que le prêtre prononce lors de l’imposition des cendres ? Il suffit simplement de se rappeler que cette phrase est extraite du livre de la Genèse (Gn 3,19), après qu’Adam et Ève ont commis le péché. C’est une condamnation de l’homme coupé de Dieu. Mais voilà, nous ne sommes plus coupés de Dieu. Déjà, Ézéchiel l’énonçait dans sa merveilleuse vision des ossements desséchés (Ez 37). Et Dieu s’est incarné, le Verbe a pris chair, nous faisant passer du statut de « créature » à celui de « fils et fille de Dieu » partageant sa vie divine. La Trinité nous ressuscite : la poussière et la mort n’ont plus le dernier mot.
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Concluons sur votre deuxième question : qu’avons-nous à offrir à Dieu ? Teilhard évoque la matière, l’effort, la douleur comme formes de désagrégation : non pas simplement la destruction, mais la « matière d’offrande » — une matière qui se défait pour être transformée. Nous rêvons bien souvent d’avoir à offrir à Dieu notre héroïsme, nos gloires et honneurs… La réalité est en réalité bien différente : nous offrons au mieux ce que nous sommes, avec nos « petits riens » pour reprendre votre expression.
Saint Paul nous le dit dans la lettre aux Romains : Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte (Rm 12,1). Et de cela, le Seigneur fait sa grande œuvre de sanctification : il nous sauve, nous ressuscite, nous divinise.
Au fond, un exemple vaut mieux que mille mots : n’est-ce pas précisément ce qu’a fait la Vierge Marie lors de l’Annonciation et tout au long de son existence ? Son « Fiat », son simple « oui » à Dieu, sans pourtant connaître tous les tenants et les aboutissants de son acceptation, a ouvert les portes de la rédemption au monde. Contribuons-nous, nous aussi, à ouvrir grand ces portes pour le monde aujourd’hui ? C’est bien ce simple « oui » que, à notre tour, nous avons à offrir, dans chaque acte du quotidien.
Pierre G. (SEDIF)
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