A propos du Livret d’année et de l’Encyclique Fratelli Tutti (le Père Chapus, 14 octobre 2021)

Partager sur les réseaux sociaux
Share on Facebook
Facebook
Pin on Pinterest
Pinterest
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin

rencontre

Contributeur : Mouvements | Mouvement chrétien des retraités

Intervention du Père Chapus, jeudi 14 octobre de 14 à 15 heures :

Une intervention en deux temps, le premier une présentation rapide du livret d’année, « Allons vers les autres…. La vie, c’est l’art de la rencontre », le second autour de la dernière Encyclique du pape François, « Fratelli tutti ».

Le Père Chapus commence par rappeler la règle de base de l’Action Catholique, elle tient en trois verbes : « Voir, juger, agir ». C’est, lui semble-t-il, la démarche retenue par notre livret annuel de campagne (il forme un tout avec un tryptique entamé il y a trois ans et dont le thème était l’an dernier, « La santé… à notre âge, quel défi ! »). Le Père Chapus prend comme point de départ la très belle parabole du « Bon Samaritain », je le cite « Chaque jour, nous sommes confrontés au choix d’être de bons samaritains ou des voyageurs indifférents qui passent outre : c’est l’une des 21 « pépites » parmi tant d’autres, dans l’encyclique Fratelli tutti du pape François publiée le 4 octobre 2020. »

Comme c’est toujours le cas, notre livret annuel est décliné en trois thèmes. Le premier thème nous invite à « découvrir notre vie en temps de pandémie ». Le Père Chapus insiste, « il faut commencer par regarder sa vie », c’est le Voir. En quoi, en temps de pandémie, ma relation à la société a-t-elle changé, ma relation aux autres a-t-elle évolué, ma relation à Dieu a-t-elle été transformée ? En regard de ces questions fondamentales, ce premier thème nous propose une (re)lecture des tentations de Jésus au désert dans l’Evangile de Saint Matthieu (Mat 4, 1 à 11). Nous sommes bien ici dans le Voir puisque ce thème nous a invité à regarder notre vie à travers la pandémie.

Le deuxième thème s’intitule « Allumons notre lampe pour aller de l’avant ». Il s’agit cette fois de Juger : L’enjeu est le suivant : doit-on, par crainte de la pandémie, s’enfermer chez soi ou au contraire ne pas hésiter à s’ouvrir aux autres ? N’hésitons pas à passer notre vie au crible. L’éclairage est d’abord pour moi, il devient ensuite lumière pour les autres et enfin il convient de se poser cette question : « Quelle suite pourrais-je donner ? ». En regard de ce deuxième thème, l’Evangile des vierges sages et des vierges folles dans Saint Matthieu (Mat, 25, 1 à 13).

Le troisième thème s’intitule « Mettons nos talents au service de nos frères ». Nous sommes ici dans l’Agir. Aller vers les autres a-t-il un sens pour moi ? De qui, vais-je être le frère ? Aller vers les autres, c’est aujourd’hui ! En regard de ce troisième thème, la parabole des talents, toujours dans Saint Matthieu (Mat, 25, 14 à 30).

Pour chaque thème, le livret propose « des textes pour aller plus loin », en grande partie tirés de l’Encyclique Fratelli tutti, d’où la seconde partie de l’intervention du Père Chapus.

Le Père Chapus prend l’Encyclique chapitres par chapitres, émaillant son propos de nombreuses citations de celle-ci qu’il commente. Le 1erchapitre est un constat : il faut toujours regarder avant d’agir. Le pape François parle des « ombres dans un monde fermés », expression qui pourrait faire peur mais destinée à nous faire réagir. C’est ainsi, nous dit le pape François, que nous sommes gavés en connexion et que nous avons perdu le sens de la fraternité. Il écrit : « Après la crise sanitaire, la pire réaction serait de nous enfermer davantage dans une fièvre consumériste et dans de nouvelles formes d’auto-préservation égoïste (…). Plaise au ciel que tant de souffrance ne soit pas inutile, que nous fassions un pas vers un nouveau mode de vie et découvrions définitivement que nous avons besoin les uns des autres. » (n°35). Ou encore aux paragraphes 42 et 43 : « Dans la communication numérique, on veut tout montrer et chaque personne devient l’objet de regards qui fouinent, déshabillent et divulguent, souvent de manière anonyme. Le respect de l’autre a volé en éclats, et ainsi, en même temps que je le déplace, l’ignore et le tiens à distance, je peux sans aucune pudeur envahir sa vie de bout en bout. » (n°42). « Des gestes physiques, des expressions du visages, des silences, le langage corporel, voire du parfum, le tremblement des mains, le rougissement, la transpiration sont nécessaires, car tout cela parle et fait partie de la communication humaine. Les relations virtuelles, qui dispensent de l’effort de cultiver une amitié, une réciprocité stable ou même un consensus se renforçant à la faveur du temps, ne sont sociales qu’en apparence. » (n°43).

Le 2echapitre reprend la parabole du bon Samaritain et a pour titre « Un étranger sur le chemin ». Le pape François, dans sa belle analyse de cette grande parabole, constate que le Christ opère un renversement. Au pharisien qui, pour se donner bonne conscience, lui demande quel est son prochain, le Christ répond après lui avoir commenté la parabole et demandé lequel des trois avait été le « prochain de l’autre » : « Toi aussi, soit le prochain de ton frère ». La vie est bien l’art de la rencontre et chaque vie est nous nouvelle étape dans notre propre existence. Le pape François donne des exemples très concrets : voir quelqu’un souffrir nous dérange car nous ramène à nos propres souffrances et car nous n’avons pas forcément envie de prendre les souffrances des autres. Comme l’écrit le pape François, « la vie, ce n’est pas un temps qui s’écoule, c’est un temps de la rencontre. » (n°66).  Et au paragraphe 75 : « L’imposture du tout va mal » a pour réponse « personne ne peut y remédier », « que puis-je faire ? ». On alimente ainsi la désillusion et le désespoir, ce qui n’encourage pas un esprit de solidarité et de générosité. » (n°75).

Le 3e chapitre est intitulé « Penser et gérer un monde ouvert ». Le pape François nous dit que l’être humain e réalise dans le don. C’est le sens du sous-titre de l’Encyclique : « L’amitié sociale, c’est l’ouverture à toute société ». Il prend appui sur la Règle de Saint Benoit. Les communautés monastiques médiévales ont toujours accueilli avec le plus grand soin et le plus grand respect les pauvres. « Promouvoir le lien social, c’est le fruit de l’Esprit », comme l’écrit Saint Paul dans l’Epitre aux Galates, chapitre 5. Le pape François écrit : « Il est quelque chose de fondamental et d’essentiel à reconnaitre pour progresser vers l’amitié sociale et la fraternité universelle : réaliser combien vaut un être humain, combien vaut une personne, toujours et en toute circonstance ». (n°106). Cela doit aboutir sur des réalisations concrètes : « Si quelqu’un a de l’eau en quantité surabondante et malgré cela la préserve en pensant à l’humanité, c’est qu’il a atteint un haut niveau moral qui lui permet de se transcender lui-même ainsi que son groupe d’appartenance. Cela est merveilleusement humain ! » (n°117).

Le 4e chapitre est intitulé « Un cœur ouvert sur le monde ». Le pape François insiste sur l’accueil des migrants. Il faut « s’enrichir des uns et des autres dans un monde globalisé ». Et encore : « Il faut développer cette conscience qu’aujourd’hui ou bien nous nous sauvons tous ou bien personne ne se sauve. » (n°137). « Celui qui ne vit pas la gratuité fraternelle fait de son existence un commerce anxieux : il est toujours en train de mesurer ce qu’il donne et ce qu’il reçoit en échange. » (n°140). « Tout comme il n’est pas de dialogue avec l’autre sans une identité personnelle, de même il n’y a d’ouverture entre les peuples qu’à partir de l’amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels. » (n°143).

Le 5e chapitre est intitulé « La meilleure politique ».  Le pape François envoie dos à dos le populisme et le libéralisme et demande une réforme de la politique des Nations Unies. « La grande question, c’est le travail. Ce qui est réellement populaire – parce qu’il contribue au bien du monde -, c’est d’assurer à chacun la possibilité de faire germer les semences que Dieu a mises en lui, ses capacités, son sens d’initiative, ses forces. C’est la meilleure aide que l’on puisse apporter à un pauvre, c’est le meilleur chemin vers une existence digne. » (n°162). « Le plus grand danger ne réside pas dans les choses, dans les réalités matérielles, dans les organisations, mais dans la manière dont les personnes les utilisent. Le problème, c’est la fragilité humaine, la tendance constante à l’égoïsme… le penchant de l’être humain à s’enfermer dans l’immanence de son moi, de son groupe, de ses intérêts mesquins. » (n°166) et « Ne nous résignons pas à vivre enfermés dans un fragment de la réalité ! » (n°191).

Le 6e chapitre est intitulé « Le dialogue et l’amitié sociale ». Il s’agit de promouvoir une nouvelle culture plus basée sur le dialogue que sur les réseaux sociaux. « Les héros de l’avenir seront ceux qui sauront rompre cette logique malsaine et décideront de défendre avec respect un langage chargé de vérité, au-delà des avantages personnels. » (n°202). « Ce qui nous arrive aujourd’hui et qui nous entraine dans une logique perse et vide, c’est qu’il se produit une assimilation de l’éthique et de la politique à la physique. Le bien et le mal en soi n’existent pas, mais seulement un calcul d’avantages et de désavantages. » (n°210). « Aujourd’hui, on n’a ni l’habitude, ni assez de temps et d’énergies pour s’arrêter afin de bien traiter les autres, de dire « s’il te plait », « pardon », « merci ». Mais de temps en temps, le miracle d’une personne aimable apparait, qui laisse de côté ses anxiétés et ses urgences pour un espace d’écoute au milieu de temps d’indifférence. » (n°224).

Le 7e chapitre propose « Des parcours pour se retrouver ». Il faut, insiste le pape François, dialoguer après l’affrontement. Il part de ce qu’il appelle « l’imposture du tout va mal ». Il faut au contraire « développer l’idée qu’ou bien, nous sommes tous, ou bien nous sommes personnes ». « Nous sommes appelés à aimer tout le monde, sans exception. Mais aimer un oppresseur, ce n’est pas accepter qu’il continue d’asservir qu’il continue d’asservir, ce n’est pas non plus lui faire penser que ce qu’il fait est admissible. Au contraire, l’aimer comme il faut, c’est œuvrer de différentes manières pour qu’il cesse d’opprimer, c’est lui retirer ce pouvoir qu’il ne sait pas utiliser et qui le défigure comme être humain. » (n°241). « Ceux qui pardonnent en vérité n’oublient pas, mais renoncent à être possédés par cette même force destructrice dont ils ont été victimes. » (n° 251). « Toute guerre laisse le monde pire que dans l’état où elle l’a trouvé. La guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal. » (261)

Le 8e et dernier chapitre est intitulé « Les religions au service de la fraternité dans le monde ». Tuer au nom de Dieu est une imposture et va à l’encontre de toute religion. Si on sort Dieu de la société, on favorise les idoles. Le terrorisme est une instrumentalisation de la religion, il n’en rien de religieux. « Il est inadmissible que, dans le débat public, seuls les puissants et les hommes ou femmes de sciences aient droit à la parole. Il doit y avoir de la place pour la réflexion qui procède d’un arrière-plan religieux, recueillant des siècles d’expérience et de sagesse. » (n°275).

Le pape François lance sept appels :

  • Un appel à la réforme de l’ONU afin que celle-ci ne soit pas délégitimée. Tous les Etats, y compris les plus petits, ont le droit à la parole. Celle-ci ne doit pas être confisquée par les plus puissants.
  • Un appel à la réaffirmation de l’inadmissibilité de la peine de mort
  • Un appel à l’Europe afin qu’elle accueille les migrants
  • Un appel à la condamnation de toutes les formes d’esclavages (y compris par le travail)
  • Un appel visant à la destruction de toutes les armes nucléaires
  • Un appel à toutes les religions pour appeler à la paix
  • Un appel à l’Unité des chrétiens

Le Père Chapus revient une fois de plus sur l’idée de bienveillance, très présente dans l’Encyclique Fratelli tutti, en faisant lecture du paragraphe 224 dans lequel le pape François écrit qu’il faut retrouver et cultiver la bienveillance : « La bienveillance est une libération de la cruauté qui caractérise parfois les relations humaines, de l’anxiété qui nous empêche de penser aux autres, de l’empressement distrait qui ignore que les autres aussi ont le droit d’être heureux. » (n°224). Cultiver la bienveillance suppose valorisation et respect, transforme les modes de vie.

En conclusion, le Père Chapus demande aux équipes du MCR d’être des lieux ouverts qui accueillent et attirent les autres. C’est, rappelle-t-il l’enjeu de notre année de MCR.