Comment concilier les dons hiérarchiques, l’action de l’Esprit et les défaillances graves dans l’Église ?
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Il y a un étonnement quant aux dons hiérarchiques, où l’Esprit Saint est censé agir, alors que nous constatons tant de défauts, et mêmes des défaillances très graves dans l’Église. Peut-être une question plus incisive serait comment se tisse le rapport Esprit-Saint/humain dans les institutions de l’Église ?
Dans Lumen Gentium (n. 4), l’expression « dons hiérarchiques et charismatiques » désigne deux manières complémentaires par lesquelles l’Esprit Saint édifie l’Église.
Les dons hiérarchiques sont les grâces liées aux ministères institués par le Christ : le pape, les évêques, les prêtres et les diacres. Ils sont donnés à travers le sacrement de l’Ordre pour enseigner, sanctifier et gouverner le peuple de Dieu (cf. Ep 4,11-13). Ainsi, lorsqu’un évêque annonce fidèlement l’Évangile ou qu’un prêtre célèbre les sacrements, il exerce un don hiérarchique. Ce n’est pas d’abord une question de compétence personnelle : un saint curé et un curé médiocre consacrent validement l’Eucharistie par la même grâce du Christ. Heureusement, car sinon la validité des sacrements dépendrait de l’humeur du célébrant !
Entre nous soit dit, c’est rassurant… et pas que relativement aux prêtres ! Il nous est donné à nous aussi des « dons hiérarchiques » (peut-être moins inspirés par l’Esprit Saint, mais passons), que nous exerçons parfois de manière catastrophique : je pense à la parenté, à notre travail professionnel, à nos engagements associatifs… Heureusement que ces dons peuvent s’exercer y compris lorsque nous sommes défaillants. Et comme père, je peux le dire : ça m’arrive régulièrement !
Mais revenons-en à votre question : comment concilier ces dons de l’Esprit avec les graves défaillances de l’Église ? D’abord en distinguant l’assistance de l’Esprit et l’impeccabilité. Le Christ a promis : Je suis avec vous tous les jours (Mt 28,20) et l’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière (Jn 16,13). Mais il n’a jamais promis que les ministres seraient exempts de péché. Pierre reçoit les clés du Royaume (Mt 16,19), puis renie Jésus (Lc 22,57). Comme premier pape, son début de mandat n’aurait sans doute pas obtenu les félicitations d’un cabinet d’audit ecclésial ! Le scandale n’est donc pas une nouveauté ; il accompagne l’histoire du salut depuis les apôtres.
Selon le Magistère, l’assistance de l’Esprit garantit que l’Église ne perdra pas la foi apostolique et que les moyens du salut subsisteront en elle ; elle ne supprime pas la liberté humaine ni la possibilité de fautes, parfois très graves. Les abus, les compromissions ou les mauvais gouvernements ne viennent pas de l’Esprit, mais de la résistance des hommes à son action.
Le rapport entre l’Esprit Saint et l’humain dans l’institution ecclésiale est donc un mystère de coopération. Vatican II parle d’une réalité « à la fois humaine et divine » (Lumen Gentium, n. 8). L’Esprit agit à travers des personnes réelles, avec leurs qualités et leurs limites. Il ne remplace pas l’intelligence, la prudence ou la conversion ; il les suscite et les soutient.
On pourrait comparer cela à la rédaction d’un magnifique manuscrit : l’auteur est inspiré, mais la plume reste parfois maladroite. L’Esprit Saint n’écrit pas l’histoire de l’Église avec des stylos parfaits ; il écrit avec des pécheurs. Ce qui est étonnant n’est pas que l’Église ait connu des crises, mais qu’après deux mille ans de saints et de pécheurs, de génies et de maladroits, elle continue à annoncer le même Évangile. Pour moi, c’est peut-être là l’un des signes les plus parlants de l’action discrète mais tenace de l’Esprit Saint.
Pierre G. (SEDIF)
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