Comment la docilité à l’Esprit s’articule-t-elle avec l’obéissance à l’Église et la vie communautaire ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Nous avons principalement abordé la docilité à l’Esprit Saint sous un angle personnel, au niveau de la conscience individuelle. Comment cette docilité s’articule-t-elle avec l’obéissance à l’Église et la vie communautaire ? Mais peut-être est-ce le sujet du prochain enseignement ?

C’est une très belle et profonde question que vous posez là, qui ne peut être abordée sans quelques développements, sous peine de n’en rester qu’à quelques slogans percutants…

Peut-être connaissez-vous cet adage que l’on utilise fréquemment dans la tradition chrétienne : l’Esprit Saint parle au cœur de chaque fidèle, mais il ne parle jamais contre le Corps du Christ qu’est l’Église. En gros, cela signifie que là où l’inspiration personnelle et la communion ecclésiale se rencontrent dans l’humilité, la docilité à l’Esprit atteint sa pleine maturité. C’est le même Esprit qui habite les fidèles, anime le Corps du Christ et assiste l’Église. La difficulté apparaît lorsque l’on réduit l’action de l’Esprit à une expérience intérieure privée, alors que l’Écriture et la Tradition montrent constamment une articulation entre inspiration personnelle, discernement communautaire et autorité ecclésiale.

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On voit déjà cela dans la Bible et ce, dès le Premier Testament : l’Esprit n’est pas seulement donné à des individus isolés ; il est donné pour le bien du peuple de Dieu. Lorsque l’Esprit repose sur Moïse, Dieu en communique aussi aux soixante-dix anciens : Je prendrai de l’Esprit qui est sur toi pour le mettre sur eux (Nb 11,17). La prophétie de Joël annonce un don universel de l’Esprit : Je répandrai mon Esprit sur toute chair (Jl 3,1). Cette effusion ne supprime pas le peuple ; elle le constitue plus profondément comme peuple de Dieu.

Dans le Nouveau Testament, la Pentecôte ne crée pas une multitude de mystiques indépendants ; elle fait naître l’Église. Les disciples reçoivent ensemble l’Esprit (Ac 2). Immédiatement apparaissent la communion fraternelle, l’enseignement apostolique, la fraction du pain et la prière commune (Ac 2,42). Ainsi, le premier fruit de l’Esprit est ecclésial. Saint Paul développe cette vérité dans l’image du corps : Dans un seul Esprit, nous avons tous été baptisés pour former un seul corps (1 Co 12,13). L’Esprit distribue des dons divers, mais toujours en vue du bien commun (1 Co 12,7). La véritable docilité à l’Esprit éloigne donc du subjectivisme et conduit vers la communion.

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Vous me direz que cela ne répond pas directement à la question de « l’obéissance » à l’Église. Au fond, peut-être le problème réside-t-il dans la compréhension de ce mot « obéissance », qui peut paraître gênant aujourd’hui ? Avec les abus, ou même tout simplement les mauvais conseils et comportements de certains prêtres peu formés à la psychologie et aux questions de « management », on peut effectivement s’interroger sur la nature et le périmètre de cette obéissance.

De nouveau, il faut en revenir aux Écritures pour en comprendre le sens… Le Christ promet aux Apôtres l’assistance de l’Esprit : L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière (Jn 16,13). L’Esprit n’est pas donné seulement aux croyants pris individuellement, mais aussi aux Apôtres comme fondement visible de l’Église. Cette dimension apparaît clairement lors du Concile de Jérusalem : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… (Ac 15,28). Cette formule est remarquable. Les Apôtres ne disent pas simplement : « Nous avons décidé », ni : « Chacun a reçu une inspiration personnelle ». Le discernement est à la fois spirituel et ecclésial.

La foi catholique voit dans cet épisode le modèle du discernement de l’Église : l’Esprit agit dans la communauté apostolique réunie sous l’autorité que le Christ lui a confiée. C’est pourquoi l’épître aux Hébreux enseigne : Obéissez à vos conducteurs et soyez-leur soumis (He 13,17). Cette obéissance n’est pas servilité humaine ; elle s’enracine dans la conviction que Dieu gouverne son peuple à travers des médiations visibles.

Dans la Tradition catholique, les inspirations personnelles sont soumises à l’Église qui est le lieu même du discernement de ces motions intérieures. C’est pourquoi on insiste tant sur la fréquentation des sacrements, l’accompagnement spirituel, etc. Une inspiration qui conduirait à mépriser les sacrements, à rejeter la foi reçue ou à rompre la communion ecclésiale ne peut venir de l’Esprit Saint, car l’Esprit ne se contredit pas lui-même.

Vous le comprenez : l’obéissance à l’Église n’est pas une obéissance sur tout, toujours, tout le temps, partout. C’est dans un cadre précis, qui touche à la Révélation et au salut.

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Venons-en maintenant au dernier point sur la vie communautaire… Le mieux est encore de consulter les grands maîtres en la matière. Prenons le plus connu de tous : saint Benoît.  Dans la Règle, l’obéissance est considérée comme une école de docilité à Dieu. Le moine apprend à renoncer à sa volonté propre non pour perdre sa liberté mais pour s’ouvrir à l’action divine. Cependant saint Benoît demande aussi à l’abbé d’écouter la communauté, car l’Esprit peut parler par les plus humbles. On voit déjà une réciprocité : autorité et écoute de l’Esprit.

D’autres fondateurs reprennent ce grand principe, tout en apportant une couleur propre. Je me souviens d’avoir lu longuement les lettres de sainte Thérèse d’Avila, qui, face aux phénomènes mystiques extraordinaires, insiste constamment sur la soumission à l’Église et aux confesseurs compétents. Elle affirme en substance qu’une expérience mystique authentique produit l’humilité et l’obéissance. Pour elle, la sécurité spirituelle se trouve davantage dans l’obéissance que dans les révélations privées. En d’autres termes, le danger est de ne suivre que soi-même, de se faire le petit maître intérieur sous prétexte de grandes motions intérieures.

Enfin, comment ne pas terminer avec saint Ignace de Loyola, dont les exercices spirituels constituent un des sommets spirituels pour le discernement ? Les règles du discernement des esprits qu’il énonce montrent que l’expérience intérieure doit être interprétée avec prudence. Son idéal n’est pas l’autonomie spirituelle mais la recherche de la volonté de Dieu dans l’Église.

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Au fond, il n’y a qu’à voir l’exemple des grands saints, plutôt que de prolonger cette réponse indéfiniment : Catherine de Sienne, François d’Assise, François de Sales, Thérèse de Lisieux, Élisabeth de la Trinité… Tous ont été profondément ecclésiaux. Tous ont vécu une intense intimité avec Dieu, mais cette intimité les a rendus plus attachés à l’Église, non moins. Leur expérience confirme un principe fondamental : plus l’âme est unie à l’Esprit Saint, plus elle aime ce que le Christ aime, et le Christ aime son Église.

Le même Esprit est à l’œuvre dans ces différents niveaux : l’âme individuelle, le Peuple de Dieu, la communion hiérarchique, etc. Le Concile Vatican II enseigne que les charismes doivent être accueillis avec gratitude mais aussi discernés par les pasteurs de l’Église. Il n’y a donc ni monopole de l’Esprit du côté de la hiérarchie, ni indépendance absolue du côté des charismes. L’Église est un organisme vivant où les dons personnels et l’autorité apostolique sont appelés à coopérer.

J’ai été long, pour pouvoir embrasser les différentes facettes de votre question. FIDEO Sacrements, qui est beaucoup plus incarnée et centrée sur la vie chrétienne, devrait vous permettre l’a prochain d’approfondir vos si importants questionnements.

 

Pierre G. (SEDIF)

 



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