Si Dieu nous connaît avant notre naissance, sommes-nous prédestinés ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Dans le paragraphe concernant « le dessein universel de salut du Père éternel », nous souhaiterions avoir un éclaircissement sur l’interprétation de la phrase suivante : « Tous ceux qu’il a choisis, le Père, avant tous les siècles, les a distingués et prédestinés à reproduire l’image de son Fils qui devient ainsi l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29) : nous supposons que DIEU nous a connus bien avant notre naissance et destiné à être guidés par l’Esprit Saint pour « adopter le comportement de l’homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité à l’image de Dieu » (Eph 4,22-24). Cette interprétation semble-t-elle cohérente ?

Voilà une question qui nous place au cœur d’un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre au fil des siècles, des querelles émergeant au fil des siècles, des gnostiques à Jean Calvin, de Pélage (adversaire de S. Augustin) aux jansénistes.

Disons pour simplifier que votre interprétation est juste, à condition de bien s’entendre sur le terme « prédestinés ». S. Paul, dans le verset que vous citez, veut effectivement montrer que le projet de Dieu sur l’humanité existe depuis toujours : Dieu veut faire de nous des fils dans le Fils, c’est-à-dire nous rendre semblables au Christ. En ce sens, faire écho au verset des Éphésiens, comme vous le faites, est parfaitement cohérent.

Résumons : Dieu ne nous crée pas « au hasard », il nous veut pour nous-mêmes, nous appelle à vivre comme le Christ et nous donne son Esprit Saint pour nous transformer intérieurement ; cette transformation consiste à retrouver l’image de Dieu abîmée par le péché.

En ce sens, on peut parler d’une prédestination du genre humain en son ensemble. Mais qu’en est-il individuellement ? L’Église catholique est très claire dans son enseignement, à la lecture des Écritures : d’une part, Dieu prend l’initiative, il connaît chacun, appelle chacun et donne sa grâce ; d’autre part, l’homme reste libre, pouvant accueillir ou refuser cette grâce. Dès lors qu’une de ces deux dimensions est minimisée, il y a un problème ! Et ce n’est pas peut dire que cela nous arrive constamment, y compris dans nos propres discours…

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que Dieu nous connaît « avant tous les siècles » non pas comme un destin mécanique déjà écrit, mais comme un Père qui, depuis toujours, désire notre communion avec lui. Redisons-le : Dieu nous a connus et aimés avant notre naissance ; il nous appelle à devenir, par la grâce de l’Esprit Saint, des hommes et des femmes renouvelés à l’image du Christ, tout en respectant toujours notre liberté.

En plus d’Éphésiens 4, que vous mentionnez, nous retrouvons cette idée dans quantité de textes des Écritures :

  • Jérémie 1,5 : Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ;
  • Éphésiens 1,4-5 : Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ ;
  • 1 Timothée 2,4 : car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité ;
  • 2 Pierre 1,4 : De la sorte nous sont accordés les dons promis, si précieux et si grands, pour que, par eux, vous deveniez participants de la nature divine, et que vous échappiez à la dégradation produite dans le monde par la convoitise ;
  • Etc.

La finalité n’est donc pas seulement morale (« bien se comporter »), mais profondément spirituelle : devenir peu à peu configurés au Christ par la grâce.

Pierre G. (SEDIF)

 



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