L’engendrement est-il un flux éternel par lequel le Père transmet sa substance au Fils ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Peut-on résumer ainsi l’engendrement : « L’engendrement est le flux éternel par lequel le Père transmet sa propre substance au Fils (la substance fait référence à l’hypostase du Père) » ?

Votre formulation contient selon moi une intuition juste, une image imparfaite et un problème majeur.

Ce qui est juste, c’est de dire que l’engendrement est éternel, que cet engendrement désigne une communication réelle du Père au Fils et qu’il fonde par-là même la distinction personnelle Père/Fils.

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L’image du flux n’est pas fausse dans l’absolu, mais elle est imparfaite : elle implique un transfert de substance, au sens d’un écoulement (voire, si on absolutisait, d’une division). Je ne suis pas contre utiliser cette image, à condition de se rappeler que l’engendrement est une procession intellectuelle : il n’y a pas de déperdition… un peu comme une parole procède de l’intelligence, sans rien retirer à l’intelligence. Là non plus, il ne faut pas absolutiser cette image, car parole et intelligence ne sont pas consubstantielles. Bref, toute comparaison, toute image a sa limite.

Si l’on veut être au plus près de la réalité, il faudrait reprendre l’idée de saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin qui disent que le Fils procède comme le Verbe que l’intelligence engendre en se connaissant… Qu’est-ce à dire ? Je vais essayer d’être simple, en reprenant l’explication qu’en donne saint Augustin notamment. Quand tu penses à toi-même, ton esprit forme en lui une idée de toi. Cette idée n’est pas un objet extérieur, mais naît à l’intérieur de ton intelligence, exprimant ce que tu es. Les philosophes appellent cette idée intérieure un verbe mental (un « mot intérieur »). Par exemple : tu comprends ce qu’est un triangle, ton esprit forme le concept de triangle, ce concept est comme un « mot intérieur » engendré par ton intelligence. Ce n’est pas créé avec du temps ou de la matière : c’est un acte intellectuel. C’est ce processus que saint Augustin applique à Dieu : Dieu se connaît parfaitement et en se connaissant, il engendre un Verbe intérieur. Mais contrairement à notre idée mentale, qui est nécessairement imparfaite et accidentelle, en Dieu, le Verbe est parfait et subsistant. Autrement dit : le Verbe que Dieu engendre en se connaissant est si parfait qu’il est une Personne divine : le Fils. Ou encore : le Fils est comme la Pensée parfaite que Dieu a de lui-même — une Pensée si parfaite qu’elle est une Personne. Quel mystère tout de même ! On ne fait que s’approcher sans jamais saisir…

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Enfin, le problème majeur de votre proposition réside dans la confusion entre « substance » et « hypostase » : la substance est ce que Dieu est (nature divine unique) et l’hypostase désigne qui Dieu est – Père, Fils et Esprit. Le Père ne transmet pas son hypostase au Fils : il communique l’unique nature divine. Si le Père transmettait sa propre hypostase, soit il cesserait d’être Père (ce qui est absurde), soit le Fils serait identique au Père (modalisme), soit il y aurait deux substances divines (trithéisme).

Pierre G. (SEDIF)

 



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