Pourquoi le Fils doit-il apprendre s’il a tout du Père ? Et pourquoi apprend-il l’obéissance par la souffrance ?
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Sur le passage de la Lettre aux Hébreux (5,8) : pourquoi le Fils a appris l’obéissance par la souffrance… ? Pourquoi doit-il apprendre s’il a tout du Père ?
Voilà une magnifique question qui nous place au cœur de la question des deux natures du Christ. Le verset que vous citez est exigeant parce qu’il touche directement au mystère de l’Incarnation : Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance (He 5,8). Cela pose deux questions distinctes : l’apprentissage de manière générale et l’obéissance par la souffrance.
Tout d’abord, comment le Fils éternel, qui partage tout avec le Père, peut-il apprendre quelque chose ?
Selon la foi chrétienne, en tant que Dieu, le Fils n’a rien à apprendre. Il est, disons-nous dans le Credo, « lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Il n’y a donc aucune ignorance, aucun progrès, aucune imperfection dans sa divinité. Ce verset ne signifie donc pas qu’il « devient meilleur » ou qu’il « corrige un défaut ». Le centre de la question se situe dans son humanité.
Dans la tradition théologique (cf. S. Thomas d’Aquin), « apprendre » signifie ici passer à l’expérience vécue. Le Fils éternel connaît parfaitement l’obéissance du Fils au Père dans la Trinité, mais en s’incarnant, il assume une nature humaine complète. Avoir une volonté humaine veut dire : ressentir l’effort, traverser la tentation, éprouver la souffrance, consentir humainement à la volonté de Dieu. Il ne s’agit plus seulement d’une obéissance divine éternelle mais d’une obéissance humaine éprouvée.
Cela nous conduit naturellement à la seconde question : pourquoi le Fils apprend-il l’obéissance par la souffrance ?
La Lettre aux Hébreux insiste sur le fait que Jésus est un grand prêtre qui peut compatir (4,15). Pour être un prêtre pleinement uni à l’humanité, il doit éprouver la condition humaine jusqu’au bout et assumer l’obéissance dans un contexte de souffrance réelle. La souffrance n’est pas une amélioration de sa nature, mais le lieu où l’obéissance humaine est portée à sa perfection.
Dans toute l’épître, la logique est représentative : le Christ n’apprend pas pour acquérir, mais pour transmettre ; il n’obéit pas pour être sauvé, mais pour sauver. En assumant l’obéissance humaine dans la souffrance, il sanctifie notre propre obéissance, il ouvre le chemin du salut, il devient le « chef de file » (archégos) d’une humanité nouvelle (cf. He 2,10). C’est pourquoi le verset qui suit immédiatement celui que vous citez dit : conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. Son apprentissage est donc « vicaire », au sens étymologique du terme : « suppléant », « remplaçant », celui qui agit à la place d’un autre. Le Christ accomplit cette obéissance pour nous, il porte l’humanité pour l’amener à Dieu.
Pour résumer, il faut comprendre que les deux natures du Christ implique deux volontés, divine et humaine. Pour que l’obéissance soit authentiquement humaine, il faut deux volontés :
- une volonté divine parfaitement unie au Père,
- une volonté humaine réelle, capable de choix et d’épreuve.
L’obéissance du Christ dans la souffrance manifeste tout à la fois l’union parfaite des deux volontés, le fait qu’il ne se laisse pas gouverner par la peur, la douleur ou l’égoïsme, et la victoire de l’amour dans la condition humaine. C’est exactement ce qu’il exprime à Gethsémani : Non pas ma volonté humaine, mais la tienne (Lc 22,42).
Pierre G. (SEDIF)
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