Que veut dire : le Credo ne vise pas à exprimer une vérité mais indique une prise de position existentielle ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Une citation de Joseph Ratzinger a été plus difficile à comprendre : Dire credo « ne vise pas à exprimer telle ou telle vérité, (mais) indique une prise de position en face de l’être, de l’existence, de sa propre réalité et de la réalité totale ». Peut-on bénéficier d’un éclairage sur cette citation ?

Cette citation est extraite d’un ouvrage clair et accessible, que je vous recommande, intitulé : Foi chrétienne hier et aujourd’hui. Le futur pape propose une introduction au christianisme, destinée à montrer que la foi chrétienne peut être raisonnable et pertinente dans le monde contemporain. Il cherche à exposer ce qu’est « croire » dans un contexte marqué par le doute, le pluralisme et la critique moderne.

La citation est extraite de la première partie de l’ouvrage, dans laquelle Ratzinger analyse le rapport entre foi et doute. Pour résumer, ce qu’il dit, c’est que la foi n’est pas (ne peut pas être, ne doit pas être !) d’abord une simple adhésion intellectuelle : c’est un choix de confiance, une orientation fondamentale de la vie. En gros, ce n’est pas tant d’exprimer cérébralement une vérité que de se positionner ontologiquement, avec notre être tout entier, par rapport à cette vérité. Nous ne sommes pas face à un Dieu qui trône dans les cieux, mais s’incarne et vient à notre rencontre, pour que nous Le rencontrions « au plus intime de notre propre intimité » (S. Augustin). Cette foi implique donc toujours un certain risque, car l’homme ne possède jamais une certitude absolue. La foi est un acte par lequel l’homme s’appuie sur Dieu comme fondement ultime de sens.

J’aimerais vous prendre un exemple qui déborde un peu votre question, mais l’éclairera sans nul doute : ceux qui confessent le mieux le Christ dans les évangiles, ceux qui expriment le mieux qui Il est, ce sont les démons. Ils savent… plus n’importe quel homme ou femme… et passent leur temps à le montrer, au point que Jésus les fait taire régulièrement, car ce n’est pas l’enjeu fondamental. A contrario, il n’y a qu’une seule personne que Jésus appelle : « Satan ». Qui ? Un démon ? The big boss Satan ? Que nenni ! Il s’agit de Pierre : Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes (Mc 8,33). On peut donc confesser le Christ de manière admirable, se voir remettre les clefs de l’Église, et être appelé « Satan ».

Au fond, l’enjeu n’est pas tant d’exprimer sa foi que de passer derrière Dieu et de Le suivre. Ou pour reprendre les mots de Jésus Lui-même (autant citer le Patron) : Ce n’est pas en me disant : « Seigneur, Seigneur ! » qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux (Mt 7,21).

Est-ce plus clair pour vous ?

Pierre G. (SEDIF)

 

Lire aussi : Si en disant « Je crois », on n’exprime pas une vérité, cela a-t-il un sens ?

 



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