On est peu de choses et on ne laisse pas de traces, alors à quoi bon ? Mieux vaut s’abandonner et ne pas chercher à comprendre…
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Nous avons été perturbées par le fait que la mer s’ouvre sans cesse devant nous et se referme sans cesse derrière nous, indéfiniment, on se dit qu’on est peu de choses et qu’on ne laisse pas de traces ! Personnellement, je me dis que finalement on n’a qu’une chose à faire : s’abandonner et ne pas chercher à comprendre, puisque Dieu sera toujours là. Il y a un côté un peu « défaitiste », « à quoi bon », dans les Psaumes je trouve. Heureusement qu’on sait que le NT arrive 😉 !
Il est certain qu’on ne laisse guère de traces (ou si peu)… Mais j’aurais deux nuances à apporter à ce propos qui est celui de votre cénacle en sa première partie et apparemment plus personnel en sa seconde partie.
La première nuance, c’est que ce n’est pas exactement de cela dont il est question dans le texte : le psalmiste (et Paul Beauchamp à sa suite) parle essentiellement des merveilles de Dieu, tant dans l’Exode (hier) que pour nous (aujourd’hui), dans notre quotidien. La traversée de la Mer Rouge a eu lieu des siècles avant le psalmiste : quand bien même ce dernier irait sur le lieu exact où cette traversée a eu lieu, ce qui est évidemment impossible, il n’en verrait aucune trace. C’est ainsi. D’où ses doutes et son saut dans la foi… d’autant plus que la droite du Très-Haut a changé, c’est-à-dire que Dieu opère différemment au temps du psalmiste, ce qui rend ce dernier malade ! En un sens, le témoignage de foi est la seule trace qui perdure.
Ainsi de nous-mêmes aujourd’hui. Les grâces fortes que nous avons un jour reçues ne perdurent en nous que par la foi… Cela peut sembler évident et facile, mais j’ai été le témoin d’une personne qui a vécu une grande grâce dans sa jeunesse et qui, quelques années plus tard, s’est mise à relativiser ladite grâce en prétextant une faiblesse psychologique. Nul ne peut juger en soi, mais force est de constater que la merveille s’estompe toujours peu à peu, sans guère laisse de traces, signe que notre liberté est toujours en jeu.
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La seconde nuance, c’est que le fait de ne guère laisser de traces n’est vrai que par rapport aux générations à venir de ce monde. (Là, je reviens à la phrase qui parle des traces que nous laissons, et non celles de Dieu évoquées par le psalmiste.) Quelle importance de laisser des traces aux générations futures quand nos actions présentes laissent une trace dans l’éternité d’amour de Dieu ? Là est bien notre véritable enjeu ! L’Amour au présent.
Donc oui pour s’abandonner à la Providence, mais cet abandon n’est pas un reniement de la volonté, ni un renoncement à comprendre… C’est d’abord un acquiescement à Dieu, un « oui » – comme le FIAT de la Vierge Marie, à tout ce que propose Dieu. Cela n’empêche pas, comme la Vierge Marie toujours, de méditer les enseignements du Seigneur et de les garder en son cœur. Au contraire, nous en avons même le devoir.
Bernanos disait : « Le diable de mon cœur s’appelle à quoi bon… » C’est étrange la promiscuité entre sa parole et la vôtre ; en un sens, tous deux êtes proches, lorsque vous éprouvez cela, du Qohélet (un livre de sagesse très court). Pourquoi ? Parce qu’entre l’abandon à la Providence au sens chrétien et le défaitisme, il y a des similitudes. Sauf que ce dernier est tourné vers la mort tandis que le premier porte une espérance, une joie, une attente (= la Parousie, la venue en gloire du Seigneur).
Cette espérance est à cultiver au plus intime de soi.
C’est d’ailleurs la thématique choisie par le pape François pour cette année jubilaire… comme une invitation ?
Pierre G. (SEDIF)
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