D’où vient le mal ?
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Une question revient à chaque rencontre : D’où vient le mal ? Notre cénacle est partagé : les uns pensent que c’est Dieu qui a créé le mal (arbre de la connaissance du bien et du mal), d’autres pensent que c’est Satan… Chacun reste sur ses positions.
Il y a plusieurs manières de répondre à cette abyssale question, mais si nous en restons à la Bible, du moins au Premier Testament, nous ne pouvons que constater qu’elle ne nous dit rien sur l’origine du mal. Que nous dit la Genèse ? Que toute la création est bonne en elle-même : ce sont les chapitres 1 et 2.
Pourtant, au chapitre 3, il est fait mention d’une puissance mauvaise qui tente l’homme. D’où vient-elle ? On l’ignore. Mais ce qui est sûr, c’est que s’il existe une puissance mauvaise dans le Jardin, le mal n’est pas encore répandu dans le monde : il est réellement introduit lorsque l’homme fait un mauvais usage de sa liberté. C’est ce que dit saint Paul dans son épître aux Romains : Nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché (Rm 5,12).
Le théologiens, à partir de ces éléments biblique, vont développer les principes suivants : toute la création est bonne ; Dieu a créé l’être humain libre et cette liberté est naturellement ordonnée vers Dieu ; l’être humain introduit dans sa liberté la possibilité de ne pas choisir Dieu, donc le bien ; il s’ouvre donc une voie sans bien : le mal est cette absence de bien. En ce sens, le mal est toujours absence de Dieu : son origine se situe ainsi dans le refus, par l’homme, de Dieu.
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En complément de cette première réflexion, arrêtons-nous un instant sur l’arbre de la connaissance du bien et du mal : il faudrait plutôt parler de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais, car les termes employés ne sont pas des concepts, des idées générales, mais au contraire des mots qui renvoient à l’expérience concrète… Cela change tout ! Nous ne sommes pas dans l’ordre d’un savoir théorique, mais dans la réalité d’une expérience : Adam et Ève mangent le fruit, ils font concrètement l’expérience du mauvais, quand ils ne connaissaient jusqu’alors que le bon. Ce mauvais, qui n’existait qu’à l’état de possibilité, devient réel par leur acte.
Il y a dans notre liberté, toute sorte de possibles sur lesquels nous ne nous arrêtons pas. Si l’on s’en tient à vivre de la vie divine, ces possibles restent théoriques, fort loin de nous, de notre conscience. Mais voilà, dès lors qu’on laisse ces possibles nous envahir, le mauvais peut jouer sa partition. Je parle ici du vol, de la luxure, de la débauche, du mensonge, de la tromperie, du viol, du meurtre… Nous ne sommes pas préservés de tout, mais de beaucoup tout de même. Il faut imaginer qu’Adam et Ève étaient, eux, préservés de tout originellement, mais qu’ils ont introduit le mauvais dans le monde (donc le mal moral) en laissant les possibles prendre la place dans leur cœur, à commencer par le plus terrible d’entre tous : vouloir être comme des dieux par leur propre force.
Si vous voulez approfondir, je vous recommande Dieu sans idée du mal, du fr Jean-Miguel Garrigues. C’est un ouvrage un peu exigeant mais lumineux, qu’on ne peut lire qu’en prenant du temps pour bien assimiler les différents enjeux.
Pierre G. (SEDIF)
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