Comment le P. Neuhaus peut-il dire que les Juifs n’attendaient pas le Messie ?
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Le père David Neuhaus dit que le peuple n’attendait pas le messie. De notre côté, nous avons entendu le contraire à plusieurs reprises dans nos expériences/formations chrétiennes. On nous a souvent répété que le Messie était attendu. Que faut-il donc comprendre ?
Comment le P. Neuhaus peut-il dire que les Juifs n’attendaient pas le Messie, alors que c’est précisément cette attente qui a façonné le cœur de Marie ? Minimiser l’attente du Christ ne revient-il pas à dévaloriser la Vierge Marie ?
Tout d’abord, notons que le P. Neuhaus ne dit pas, stricto sensu, que le peuple n’attendait pas le Messie ; il explique que « l’attente d’un messie n’était pas aussi centrale pour le judaïsme à l’époque de Jésus qu’on le croit généralement ». Ce n’est pas exactement la même chose.
Venons-en maintenant au débat de fond… Le P. Neuhaus peut paraître minimiser l’attente d’un Messie au temps du Jésus, quand d’autres la posent comme un absolu, une évidence quasi mathématiques : la question est très débattue et génère des positions extrêmes de part et d’autre.
C’est un sujet d’autant plus sensible qu’une piété populaire s’est forgée autour de l’attente du Messie, attribuant par exemple à la Vierge Marie des qualités et attitudes intérieures que les Écritures saintes ne confirment ni n’infirment : elle aurait ainsi préparé son cœur, depuis sa prime enfance, à la venue d’un Messie parfaitement identifié, jusqu’à prononcer un « Fiat » naturel et sûr… C’est une position que l’on trouve par exemple chez S. Louis-Marie Grignon de Montfort. Une autre tradition voit dans Marie une femme qui ne savait pas exactement ce qui l’attendait mais qui a choisi de faire confiance à Dieu, via son messager, ce qui l’a conduit toute au long de sa vie à prononcer des « Fiat » toujours plus profonds et enracinés dans le mystère. C’est une position que l’on trouve par exemple chez Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus. Alors, qui a raison ? Qui a tort ? Dès lors qu’on parle de piété populaire, nous touchons une corde sensible, car certains récits – avec les imaginaires qui leur sont liés – remontent à l’enfance, à la transmission par les parents et les grands-parents…
Je ne prétends pas trancher ici, ni remettre en question les croyances de chacun, d’autant plus si elles aident à grandir dans la foi. Restons-en simplement au texte biblique et aux recherches sur les sources adjacentes, prises notamment à la tradition juive de l’époque. L’intérêt de cet entretien est de montrer d’autres aspects du messianisme qui sont (très) peu connus des catholiques, en raison du titre « Messie » qui occupe tout l’espace, et que le P. Neuhaus met bien en avant. Pour résumer la thèse de ce dernier : au temps du Christ, il n’y a pas une attente monolithique et uniforme d’un Messie parfaitement identifié ; il y a des conceptions divergentes, parfois difficilement compatibles… Le miracle est que Jésus assume toutes ces conceptions et les accomplit, de manière inattendue.
Pierre G. (SEDIF)
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