Peut-on considérer Marie comme une figure prophétique ?
rencontre
Dans nos prières d’intercession, nous sollicitons l’aide de saints et surtout de la Vierge Marie : peut-on considérer Marie comme une figure prophétique ?
Bien des Pères de l’Église et des papes ont vu en Marie l’accomplissement des prophéties, du fait de sa coopération singulière à la Rédemption accomplie par le Christ. Ainsi de saint Ephrem de Nisibe, dans l’une de ses hymnes merveilleuses dont il avait le secret.
« Qu’en Marie se réjouisse tout l’ordre des prophètes,
Car les visions, en elle trouvent leur terme,
Les prophéties leur accomplissement,
Les oracles leur force et leur achèvement.
Qu’en Marie se réjouisse tout l’ordre des patriarches :
Elle reçut d’eux la bénédiction,
Mais les rendit parfaits en son Fils ;
Car c’est en Lui que sont purifiés les Voyants, les justes, les prêtres.
L’Arbre de vie qui se cachait au milieu du paradis a grandi en Marie.
Son ombre abrite le monde entier, il offre ses fruits, loin et près.
Marie a tissé la robe de Gloire et l’a donnée au premier père.
Et lui qui s’était caché nu est maintenant orné de beauté et vertu. »
Saint Ephrem, 1°, Hymne marial.
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Mais la Vierge Marie est aussi qualifiée de prophétesse dès les premiers siècles. Certains voient dans la prière du Magnificat à la fois une action de grâce pou ce qui a été accompli et une grande prière prophétique qui couvre l’histoire à venir. Saint Jérôme (v. 347-420) évoque par exemple le verset qui anticipe les génération à venir :
« Certains parlent de Marie comme d’une prophétesse ; et il n’y a à ce sujet aucun doute. Elle même parle ainsi dans l’Évangile : Désormais toutes les générations me diront bienheureuse parce que le Tout Puissant a fait de grandes choses. (Lc 1,48-49) »
Saint Jérome, In Isaiam, 3,8 –1-4 : CCL 73,111-112
Moins connu mais pas moins sanctifié, saint Nil du Sinaï, un anachorète et docteur de l’Église qui vécut à la fin du IVe et au début du Ve siècle et fut notamment disciple de saint Jean Chrystostome, reprend également le même verset pour le déployer encore plus largement dans l’une de ses multiples lettres
« Tu m’as demandé pourquoi en Isaïe Marie, la Mère de Dieu est appelée prophétesse. Lit l’Évangile : parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante. Désormais toutes les générations me diront bienheureuse. (Lc 1,48).
Si tu ne comprends pas que Marie très est dite bienheureuse par toutes les nations et par toutes les langues parce qu’elle a conçu dans son sein et donné le jour, sans corruption et sans tache, à Dieu qui assuma la chair par le Saint Esprit et par elle, alors ne crois pas à Isaïe.
Mais si dans le monde entier elle est dite bienheureuse, et elle est louée et célébrée avec des cantiques, elle qui est la terre sans semence et inculte, tout comme son fruit bienheureux et éternel, pourquoi hésites-tu encore sur le fait que Marie Mère de Dieu est indiquée comme une prophétesse ? »
Nilus Abbas, Epistolae 2, 180 ; PG 79,293
Enfin, dernier exemple : Antipater de Bostra, évêque de Bostra en Arabie au Ve siècle, écrit dans l’une des rares homélies qui a été préservée un propos similaire à celui de saint Nil.
« Désormais toutes les générations me diront bienheureuse (Lc 1,48). Elle se proclame elle-même bienheureuse. Elle même dit : Désormais toutes les générations me diront bienheureuse, et non pas toi seulement.
Elle ne parlait pas de sa propre bouche, mais elle offrait un premier essai au Saint Esprit qui était descendu sur elle et elle prophétisait. Vraiment, quelle génération à partir d’elle ne l’a pas proclamée bienheureuse, celle qui n’a pas connu le mariage d’un homme mais qui porte Dieu selon l’Esprit ?
D’abord le prophète annonce et ensuite l’événement montre la vérité de la prophétie. »
Antipater Bostrenus, hom in SS Deiparae Annuntiationem, 20 : PG 85,1788-1789
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Cette conception de Marie comme prophétesse perdure au fil des siècles, prenant des aspects différents à mesure que la compréhension de son mystère virginal et maternel s’approfondit. Le moine et théologien liégeois Rupert de Deutz (v. 1070-1129) souligne le lien entre l’action de l’Esprit et la dimension prophétique de la Vierge Marie.
« Il y avait un seul homme au monde, en ce temps [de la Passion] qui connût la Sagesse : le Christ, la Sagesse de Dieu en Personne. Car, dit l’Écriture, la Sagesse était cachée aux yeux de tout vivant, cachée même aux oiseaux du ciel (Job 28,21)…
Nous exceptons cependant avec certitude la Bienheureuse Mère de Dieu, qui était alors parmi les vivants.
La Sagesse, en effet, ne s’était absolument pas cachée de ses yeux à elle ; car Notre Dame était prophétesse, et prophétesse à nulle autre pareille, l’Esprit Saint ayant fait confluer dans le sanctuaire de son cœur toutes les prophéties. »
Rupert de Deutz, Œuvres du Saint-Esprit, tome 1, Cerf, coll. « Sources Chrétiennes » n°131, 1976
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Dans son encyclique Redemptoris Mater, le pape Jean-Paul évoque aussi et à plusieurs reprises le verset lucanien (1,48) comme un « verset prophétique » (n. 20 et 27).
Plus largement, la Vierge Marie est considérée comme le modèle, la figure parfaite (tupos) de l’Église, depuis son Annonciation jusqu’à son Assomption qui dévoile la finalité de notre espérance, en passant par l’accueil et la méditation silencieuse de toute parole, de chaque événement, dans son cœur… Elle accomplit ainsi dans sa chair tout ce que nous espérons pour la nôtre.
De ce point de vue, toute son existence est prophétique.
Pierre G. (SEDIF)
Voir aussi : « Dans son Magnificat, Marie est prophète » (La Croix, 29/07/2003)
Pour la rédaction de cette réponse et plus particulièrement pour les citations des Pères de l’Église,
nous nous sommes beaucoup appuyé sur le site Marie de Nazareth.
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