Le Dieu si violent de l’Ancien Testament est-il vraiment compatible avec le Christ ?
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Avec toute cette violence, comment le Dieu de l’Ancien Testament peut-il être considéré comme le même que le Christ ?
Pourquoi y a-t-il des violences qui font sens et d’autres pas ?
La question de la violence et du mal est effectivement incontournable… Tout d’abord, il faut rappeler que le mal et la violence ne sont pas l’apanage de la Bible, mais inscrits dans le cœur de l’homme et toute société. C’était vrai hier. C’est toujours vrai aujourd’hui. Si nous devions écrire l’Histoire de notre époque, serait-elle plus jolie ? Comment le ferions-nous ? Et où placerions-nous Dieu dans tout ça ? C’est la question que se posent nos contemporains aujourd’hui (nous inclus) ; c’est aussi une question que se sont posés les Israélites en leur temps. Tel est le point de départ. Et ils ont tenté d’y répondre, au fil des siècles, au fur et à mesure de leur développement, de leur histoire, de leurs moments de gloire et de leurs périodes d’échecs et d’exil.
C’est ainsi qu’au commencement, ils reprennent un mythe antique, le Déluge, présent dans plusieurs traditions locales, dont la fameuse épopée de Gilgamesh. Hors de question de remettre en question ce mythe… La question est donc : où est Dieu dans tout cela ? Eh bien, c’est Lui qui détruit l’humanité, en voyant le mal qui sévit partout ; et c’est Lui qui s’engage à faire miséricorde pour toujours. Le peuple d’Israël, qui réécrit, ce mythe a conscience de ce qu’est la justice et l’injustice, de même qu’il a de plus en plus conscience d’un Dieu fidèle qui a commencé à se révéler. Il essaie d’unifier les contraires : la réalité d’un récit qui précède leur existence et la présence d’un Dieu qui a fait alliance avec eux. Cela donne le récit du Déluge tel que nous le connaissons dans la Bible et qui est bien différent des autres traditions : il y a, inscrit dans le récit, une vérité pour le salut, à savoir que Dieu fait miséricorde (ce que confirmeront les prophètes, les sages et surtout le Christ, Verbe de Dieu).
Par la suite, Dieu ne détruisant plus l’humanité, il faut s’attaquer aux violences courantes : l’esclavage, le refus de l’étranger, les guerres, etc. Ce que je trouve beau, avec les Israélites, c’est qu’ils n’essayent pas d’éviter le problème et cherchent où Dieu peut être présent au cœur même de la violence, quitte à Lui attribuer des intentions méchantes, voire lui prêter une action mortifère. C’est vrai qu’il faut déconstruire un Dieu complice de la violence… Tout le Premier Testament pourrait être relu à travers cette seule idée : la déconstruction systématique d’un Dieu violent. Mais cette vision des Israélites n’est-elle pas, d’une certaine manière, plus juste que d’évacuer Dieu de toute problématique liée au mal, comme on le ferait aujourd’hui ?
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Le Nouveau Testament n’est par ailleurs pas exempt de violences : le massacre des innocents qui est notamment provoqué par le fait que l’étoile disparaît au-dessus de Jérusalem, contraignant les rois mages à se rendre chez Hérode ; les malédictions que lance Jésus sur Jérusalem ; les mots très durs qu’il peut avoir envers tel ou tel ; le fait qu’il use d’un fouet sur les marchands du Temple (uniquement en Jean 2,15) ; la mort foudroyante d’Ananie dans les Actes des Apôtres (Ac 5) ; certains propos de Paul ou encore l’Apocalypse… Les exemples sont nombreux. Notre foi n’est ni naïve, ni mièvre ; Jésus n’est pas un caramel mou à sucer les soirs de maux de gorge.
La question de la violence reste toujours au cœur de notre existence ; elle est tout d’abord à l’intérieur de nous. Mais est-elle pour autant de notre seul fait ? Dans ce cas, comment comprendre les catastrophes dites naturelles, comme à Mayotte encore récemment ? Et où est Dieu dans ce cas ? En ce sens, l’enseignement que nous donne le Premier Testament n’a rien perdu de sa pertinence… Nous voilà encore avec notre foi face à l’abîme du mal. Et c’est à nous aujourd’hui d’y répondre, de mettre en balance notre existence dans cet acte de foi total que Dieu attend.
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Ma « réponse » ne répond pas à la question de la violence… C’est volontaire. L’enjeu était de montrer la continuité entre le Premier et le Nouveau Testament, ni plus ni moins. Pour ce qui est d’expliquer le mal lui-même, je laisse l’abîme ouvert : Dieu lui-même ne l’a pas fait de manière argumentée ! À chacun d’entrer librement dans la contemplation d’un Dieu qui se donne dans et par son Fils… Ou pour le dire avec Paul Claudel, qui ouvre ici sur un horizon de méditation : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, il n’est pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence. »
Et pour ne pas vous laisser sans soutiens, il y a dans la malle à outils de quoi se pencher intelligemment sur ce sujet épineux…
Pierre G. (SEDIF)
AJOUT
Le 26 janvier dernier, le quotidien La Croix publiait un article intitulé : Littérature : 5 classiques pour ne pas oublier Auschwitz. Parmi ces cinq ouvrages, il y a La Nuit, d’Élie Wiesel, paru en 1955. Voici le résumé qu’en fait le journaliste Christophe Henning, dont la finale éclaire notre sujet :
«Élie Wiesel (1928-2016) n’a que 15 ans lorsqu’il est déporté avec sa famille à Auschwitz. Dix ans après sa libération en 1945, alors que sa mère et l’une de ses sœurs sont gazées, que son père est mort d’épuisement, il entreprend le récit de sa vie dans le camp et l’effondrement intérieur : « Jamais je n’oublierai ces instants qui assassinèrent mon Dieu et mon âme, et mes rêves qui prirent le visage du désert », écrit-il dans ce texte haletant, hanté autant par le désespoir que par l’espoir que surgira L’Aube, titre de son livre suivant. Dans une scène glaçante, il raconte notamment l’exécution par pendaison d’un enfant, avec la question, impérative : où est le bon Dieu ? La réponse fuse : Dieu était « pendu ici, à cette potence ». »
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