Léon XIV : ses 3 conseils pour une formation chrétienne digne de ce nom
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Dans un discours adressé à l’occasion de l’inauguration de l’année académique de l’Université pontificale du Latran, le pape a rappelé la mission éducative de l’université en général et souligné l’importance de la quête de la vérité, avant de proposer trois dimensions pour que l’Université soit « un espace qui […] a les yeux et le cœur tournés vers l’avenir », face aux « défis contemporains ». Une fin de discours en forme de programme pour notre avenir commun.
L’urgence de réfléchir à notre foi
Après avoir parcouru brièvement l’histoire de l’Université depuis ses fondations et la spécificité de celle du Latran, souvent surnommée « Université du pape », titre plus honorifique que réel, le pape a rappelé la mission constante de l’Université, hier comme aujourd’hui, à savoir la réflexion et la recherche en fonction des défis posés par chaque époque successive.
« Nous avons aujourd’hui un besoin urgent de réfléchir à la foi afin de pouvoir la décliner dans les contextes culturels et les défis actuels, mais aussi pour lutter contre le risque de vide culturel qui, à notre époque, devient de plus en plus omniprésent, explique-t-il. En particulier, la faculté de théologie est appelée à réfléchir sur le dépôt de la foi et à en faire ressortir la beauté et la crédibilité dans les différents contextes contemporains, afin qu’elle apparaisse comme une proposition pleinement humaine, en mesure de transformer la vie des individus et de la société, de déclencher des changements prophétiques face aux drames et à la pauvreté de notre époque et d’encourager la recherche de Dieu. »
Le pape insiste sur cette dimension, que le diocèse de Nîmes tente de prolonger modestement, à sa mesure, avec des formations exigeantes, sans infantilisation : les parcours FIDEO, notamment FIDEO Credo cette année. Connaître le grand Symbole de sa foi, dans la lignée de tous les saints et chrétiens qui nous ont précédés, c’est en effet la condition même pour que cette foi soit transmise aujourd’hui : nous serons d’autant plus aptes à transmettre cette foi dans le contexte actuel que nous aurons fait nôtre la Révélation de Dieu dans les Écritures, transmise par la longue, belle et grande Tradition de l’Église.
Ce n’est qu’à cette condition que nous devenons des chrétiens adultes, en formant non seulement nos cœurs et nos âmes, mais aussi nos intelligences : Dieu nous a dotés d’une intelligence particulière, ce qui nous distingue des animaux ; s’interroger sur notre foi, tenter de comprendre toujours davantage le mystère de Dieu, voilà notamment ce qui nous rend plus humains ! C’est pourquoi Léon XIV reprend : « Cette mission exige que la foi chrétienne soit communiquée et transmise dans les différents domaines de la vie et de l’action ecclésiale, c’est pourquoi je considère que ce service […] est d’une importance vitale. »
Réciprocité, scientificité et bien commun : trois perspectives d’avenir
Si cette première partie est « classique » dans son approche, Léon XIV s’engage plus personnellement dans le dernier volet de son discours, en proposant plusieurs dimensions clefs pour que l’Université – celle du Latran en particulier, mais nous pourrions l’appliquer à tout organisme de formation – soit résolument en prises avec son temps. « Je voudrais aussi imaginer avec vous l’Université du Latran, explique-t-il, comme un espace qui a les yeux et le cœur tournés vers l’avenir et se lance dans les défis contemporains à travers certaines dimensions particulières que je vais brièvement souligner. »
Ces dimensions sont au nombre de trois.
Tout d’abord : la réciprocité ou fraternité.
Hélas, déplore le pape, « le mot ‘personne’ est souvent utilisé comme synonyme d’individu, et l’attrait de l’individualisme comme clé d’une vie réussie a des implications inquiétantes dans chaque domaine » ; il cite l’autopromotion, la primauté du moi, la difficulté à coopérer, l’érection de préjugés et de barrières les uns envers les autres, l’exercice solitaire du pouvoir, etc. Face à ce « virus de l’individualisme radical », Léon XIV invite à « cultiver la réciprocité, à travers des relations marquées par la gratuité et des expériences qui favorisent la fraternité et la confrontation entre les différentes cultures […] Soyez par conséquent un signe prophétique de communion et de fraternité. »
Deuxième dimension : la scientificité.
Le pape constate une indifférence, voire une méfiance, à l’égard du travail théologique, biblique ou juridique, au profit de « la pratique pastorale », ce qui peut avoir des conséquences graves selon lui : « Le risque est de céder à la tentation de simplifier les questions complexes pour éviter l’effort de réflexion, avec le danger que, même dans l’action pastorale et son langage, on tombe dans la banalité, l’approximation ou la rigidité. » Léon XIV pose une dimension claire, précise, directe, qui vise implicitement plus que les universités, à savoir les diocèses et paroisses du monde : « La recherche scientifique et les efforts qu’elle exige sont nécessaires. Nous avons besoin de laïcs et de prêtres formés et compétents. C’est pourquoi je vous exhorte à ne pas relâcher vos efforts en scientificité, en poursuivant avec passion la recherche de la vérité et en vous confrontant aux autres sciences, à la réalité, aux problèmes et aux tourments de la société. »
Troisième et dernière dimension : le bien commun.
Nous retrouvons là une idée fondamentale de la Doctrine sociale de l’Église, distincte de la notion d’intérêt général qui prévaut (en France du moins) depuis la Révolution française. « Le but du processus éducatif et académique, écrit Léon XIV, doit être de former des personnes qui, dans une logique de gratuité et dans leur passion pour la vérité et la justice, puissent être les bâtisseurs d’un monde nouveau, solidaire et fraternel. »
Voilà une belle orientation – déclinée en trois conseils – pour la dynamique du Service diocésain de la formation dans notre diocèse : FIDEO, les Maisons d’Évangile, les cycles de conférences, la bibliothèque diocésaine, les différentes initiatives présentes et à venir… Nous pourrions ainsi reprendre pleinement à notre compte cette belle formule conclusive du pape, en changeant simplement l’adresse : « Le [SEDIF] peut et doit diffuser cette culture, devenant le signe et l’expression de ce monde nouveau et de la recherche du bien commun. »
Pierre G.
Délégué diocésain à la formation aux arts et aux cultures
=> Lire en intégralité : Discours de Léon XIV à l’Université du Latran.
Photographie à la Une : Gerd Altmann (source : Pixabay)










