Hommage au Père René Volle

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Contributeur : Paroisses | Ensemble paroissial de Remoulins

Homélie du Père Gérard Chassang,  prononcée le mercredi 26 mai 2021 à Remoulins

Par trois fois, le Ressuscité demande à saint-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? ». Cette demande répétée par trois fois – ce qui attriste Pierre – fait écho à son triple reniement : par trois fois, par peur, Pierre a répété « Non, je ne connais pas cet homme ».

Par trois fois, la peur avait mené Pierre à renier Jésus ; par trois fois il confesse son amour pour lui : « Oui Seigneur, tu sais bien que je t’aime. »
Pierre, avec toute sa fougue avait juré que jamais il n’abandonnerait le maitre : « Même si tous t’abandonnent, moi je ne t’abandonnerai pas. »
Et pourtant c’est à lui, le renégat, que le Seigneur confie la charge de son troupeau : « Paix mes brebis. ».
Non seulement Pierre est pardonné par le Christ, mais il se voit confirmé dans sa mission de conduire l’Eglise.

D’un point de vue humain, on peut s’étonner du choix de Jésus lorsqu’il a choisi et appelé ses apôtres… Les apôtres qui vont l’abandonner au moment de la Passion. On peut aussi s’interroger sur le choix fait par le Christ d’appeler comme apôtre Paul, un pharisien qui a persécuté les premiers disciples de Jésus.
Ces hommes choisis par Jésus malgré leurs limites, leurs pauvretés et leurs faiblesses, ont dû renoncer à leur prétention de vouloir fonder l’Eglise sur leur fidélité en leur vertu. Cette Eglise qu’ils ont mission de conduire n’est pas leur Eglise mais l’Eglise du Christ. Les apôtres ont fait l’expérience de la Miséricorde de Dieu. Le pardon du Christ leur a permis de prendre conscience que leur vocation, leur mission prenait sa source dans l’amour du Christ. C’est l’amour du Seigneur qui donne tout son sens à notre vocation de baptisé, à notre vocation de prêtre. La vie du prêtre, le ministère du prêtre prend sa source dans cet amour du Seigneur : « M’aimes-tu ? », « Seigneur, tu sais bien que je t’aime. ». Et ce malgré nos faiblesses, notre péché.
La vie et le ministère sacerdotal de l’abbé René Volle ont été une réponse à cette demande du Christ : « M’aimes-tu ? ». Il a fondé sa vie d’homme, de baptisé et de prêtre sur le Christ. Il a tout donné pour suivre le Christ, jusqu’au bout.

Dans son ministère de prêtre, dans les mouvements d’Action Catholique, en rural et en paroisse, il a suivi le Christ. Et pour son ministère, il a été témoin de l’Amour et de la Miséricorde de Dieu pour le monde et pour l’Homme. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, a dit Jésus à ses premiers disciples, que l’on vous reconnaîtra comme mes disciples. »

Dans sa vie et son ministère sacerdotal, on peut reconnaître un triple amour : l’amour des Hommes, l’amour du Christ et l’amour de l’Eglise.
Tous ceux qui ont croisé sa route, ont rencontré un prêtre aimant et accueillant. Il aimait la vie ; il savait accueillir tous ceux qui frappaient à sa porte.
Beaucoup se souviennent de ces repas, de ces moments conviviaux, où se nourrit une amitié, une complicité.
Comment ne pas repenser à ces paroles de saint Jean dans sa 1ère lettre : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu » ?
L’amour « des gens » de René Volle était le reflet et le signe de l’Amour de Dieu pour l’homme.
Il a aimé les autres ; il a aussi et surtout aimé le Christ !
Il est toujours demeuré fidèle à l’appel et son choix du Christ de devenir prêtre.

Malgré toutes les difficultés et les désillusions qui ont été siennes, c’est l’Amour qui le relevait en Christ, l’amour qu’il portait au Christ qui lui a donné la force de rester fidèle jusqu’au bout à ce ministère de prêtre et de pasteur qui lui avaient été confié par l’évêque au jour de son ordination sacerdotale.

Ces dernières années, sa santé défaillante l’avait amené à s’interroger : fallait-il prendre sa retraite et renoncer à une charge devenue trop lourde ? Mais il a fait le choix de tenir et d’aller jusqu’au bout par fidélité. Il a dû, comme beaucoup d’entre nous, méditer sur cette ultime parole du Christ : « Il n’est pas d’amour plus grand que de donner sa vie pour ses amis. »

Enfin, l’abbé René Volle aimait l’Eglise !
Cet amour de l’Eglise ne l’a jamais quitté. Il a servi l’Eglise auprès des mouvements d’Action catholique en monde Rural, l’ACE, le MRJC et le CMR ; il a servi l’Eglise comme pasteur des communautés paroissiales qui lui ont été confiées.

Il a souffert, comme beaucoup de prêtres et de laïcs, de ce temps de crise et d’épreuve pour l’Eglise.
Il a souffert de la crise qui a durement touché les mouvements d’action catholique ; il a souffert de cette crise de la foi à laquelle nous sommes confrontés ( ?).
Mais il a toujours su retourner à l’essentiel : le Christ.
Le Christ qui a dit à ses disciples qu’il ne les laisserait pas orphelins et qu’il resterait avec eux jusqu’à la fin des temps.

Au fond, ce moment de crise et d’épreuve nous rappelle que « l’Eglise ne doit pas chercher la productivité, mais la fécondité… et cette fécondité, elle dépend surtout du Seigneur », comme l’a écrit le Mgr François-Xavier Bustillo qui vient d’être nommé évêque d’Ajaccio en Corse.

Dans cette célébration de la Pâque, de la mort et de la résurrection du Seigneur, le ministère sacerdotal de l’abbé René Volle nous donne de ré-entendre résonner en nous cette demande de Jésus : « M’aimes-tu ? ». Puissions-nous comme l’apôtre Pierre, lui répondre : « Oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime. »

C’est cet amour du Christ et pour le Christ qui seul peut nous mener jusqu’au terme de notre pèlerinage sur la Terre… Laissons Le Ressuscité nous conduire là où il veut et comme il le veut : « Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » (Jn 21, 18)

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Extrait de la lettre de Stéphane BONNET, neveu de René, lue à ses obsèques

Tu avais ce tact, cette facilité relationnelle même si l’homme gardait parfois (pour certains) ses préjugés car tu ne t’en laissais pas compter non plus. Ton franc parlé parfois cinglant relevait plus de ta difficulté à dire des compliments que de châtier ces personnes. Tu pouvais être ou paraître insupportable parfois, tu le regrettais car tu nous aimais (…)

Tu aimais te présenter Ardéchois et Cévenol. Ardéchois car tu gardais des liens forts avec le plateau du Béage, tes cousins, cousines.
Cévenol pour y être né et avoir grandi à proximité d’Alès. Perché au mas Careyret, ces collines étaient tes montagnes. Pradelles était ton lieu de villégiature. Tu aimais conduire à travers ces routes sinueuses avec ta conduite automobile particulière…
Je rajouterai que tu avais une fibre un peu germanique depuis ce service national à Berlin en 1970. Tu aimais y retourner ou t’imprégner de cette région Alsacienne où tu y séjournais fréquemment pour tes vacances.

Certains diront que « tu avais un bon coup de fourchette et que tu aimais t’assoir à de bonnes tables », ce peut être vrai dans la mesure où c’était ton moment de partage, tu y étais chaleureux et tu partageais d’autant plus que tu n’y arrivais jamais les mains vides. C’était ton plaisir comme d’autres, celui de la convivialité. Tu partageais le pain et le vin comme d’autres avant toi….
Tu savais garder des liens forts avec les personnes qui ont croisé ta vie : les gens ne t’oubliaient pas et tu n’oubliais personne.
Tu savais t’intéresser à ton prochain sans jamais te montrer indiscret ni t’imposer, tu aimais vraiment la rencontre, la connaissance d’Autrui.
Tu avais un cercle d’amis, de connaissances, un entourage très important. Lors de la célébration de tes 40 ans de sacerdoce beaucoup sont venus partager ce moment avec toi, tu savais apprécier ces moments simples, dans le parc, un verre à la main, même si tu savais aussi respecter les protocoles dans les plus hautes sphères. Tu avais un mot pour chacun, accueillant, bienveillant et chaleureux (…)