« De qui me suis-je fait le prochain ? »

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paroisse

Contributeur : Paroisses | Ensemble paroissial d’Alès Notre Dame

Dans une tribune publiée par le Journal du Dimanche, le président de la Mutualité Française demande la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Alors que le parlement débat du projet de loi bioéthique cette prise de position semble préparer les esprits à la légalisation de l’euthanasie, déjà en œuvre en plusieurs états européens. Face à ce matraquage en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté des voix s’élèvent pour nous mettre en garde contre cet engrenage qui va banaliser et légaliser le droit de donner la mort. Voici ce qu’écrit Marie de Hennezel, psychologue qui a accompagné nombre de personnes en fin de vie : « Le rôle des mutuelles de santé est de protéger et d’encourager les soins palliatifs. Pas d’encourager une loi sur l’euthanasie qui, à terme, pourrait mettre en danger les personnes vulnérables, dont on jugera de l’extérieur que leur vie ne vaut pas d’être vécue. » La vraie question que ces débats nous renvoient est celle de l’accompagnement. Comment accompagner des personnes en fin de vie ? Comment accompagner des personnes en grande souffrance et en grande détresse ? Il est plus facile de donner la mort que de développer le service des soins palliatifs. Ne nous leurrons pas ! Se cache derrière une question économique. La mise en place de soins palliatifs, l’accompagnement jusqu’à la mort des personnes en fin de vie à l’hôpital demande un investissement financier et humain importants. Or dans nos sociétés libérales ce qui priment c’est la rentabilité et le profit. Pour faire des économies on sacrifie les personnes les plus fragiles et les plus vulnérables. Ce qui prime ce n’est plus l’humain mais l’argent. L’euthanasie comme le suicide assisté coûterait moins cher que les soins palliatifs et l’accompagnement de la souffrance physique et morale. Le libéralisme économique tout comme le libéralisme sociétal met en danger le respect de l’humain, le respect de la vie et de la dignité de toute personne. Ce libéralisme sacrifie les personnes les plus faibles et les plus fragiles sur l’autel de rentabilité et du profit.

En tant que chrétiens n’ayons pas peur de faire entendre la voix de l’Evangile dans ces débats bioéthiques et dans les choix que font nos sociétés souvent au détriment de l’homme, au détriment des plus pauvres et des plus petits. Pour nous toute personne est créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Pour nous la vie est sacrée de la conception à la mort. Le Christ a toujours donné la priorité aux plus petits, aux personnes en détresse, malades et fragiles. Comment ne pas avoir en mémoire la parabole du bon berger, l’image de ce berger qui laisse son troupeau pour aller à la recherche de la brebis égarée ? Comment ne pas avoir en mémoire la bienveillance de ce berger qui ramène cette brebis sur ses épaules et qui soigne les blessures de ses brebis blessées ? Cette image du bon berger nous renvoie l’image même de Jésus soignant et apaisant les blessures des hommes, tendant les mains à ceux qui sont tombés et qui ne peuvent se relever seuls. Suivre le Christ consiste à le suivre sur le chemin du service de l’homme, le chemin de l’accompagnement et du soutien des personnes en détresse et en souffrance.

A travers la parabole du Bon Samaritain (Luc ch. 10, 25-37) Jésus nous ouvre la voie du service de l’humain. Dans l’image du Samaritain qui s’arrête pour secourir un homme blessé, tombé dans un fossé, se dévoile à nous le visage du Christ serviteur. Celui qui s’est approché de nous qui a pansé nos plaies et nos blessures et qui nous a tendu la main pour nous relever. Cette parabole du Bon Samaritain nous parle de la manière dont le Christ prend soin de nous et nous apprend la miséricorde. Il invite ses disciples et l’église à se rendre proche des souffrants, des personnes blessées et vulnérables. Il ne peut s’agir de choisir son prochain ou d’attendre de savoir qui est notre prochain. Nous avons à devenir nous même le prochain de nos frères. Sur les chemins de l’existence il nous faut toujours contempler la figure du serviteur qu’est le Christ. Sur ce chemin du serviteur le Christ nous aide à répondre à la question : « De qui me suis-je fait le prochain ? » Dans une société qui laisse les plus faibles sur le bord des routes, qui abandonne les blessés de la vie dans les fossés et qui méprise ceux qu’elle considère comme non rentables, l’Eglise, tout disciple de Jésus sont invités à se faire le prochain de tout frère en détresse et en difficulté. Le prochain il a le visage de celui ou celle que j’accompagne, que je soutiens, celui ou celle dont je soigne les blessures, dont je prends soin. Tous ces visages humains ne sont-ils pas pour nous le visage même du Christ Serviteur ?

      P. Gérard CHASSANG.