Pourquoi avoir choisi de faire la conclusion sur les deux Décalogues ?
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En comparant les 2 décalogues, leur différence nous a semblé si ténue que nous n’avons pas compris l’importance consacrée à elle dans cette 3e rencontre ! Pourquoi avoir choisi ce sujet en conclusion ?
Il y a trois raisons à ce choix :
1/ il s’agit d’un texte majeur du Pentateuque ;
2/ il offre un exemple concret des différents courants qui traversent la Bible et s’entrecroisent subtilement ;
3/ le P. German Niño est aujourd’hui le seul prêtre exégète dans le diocèse et il a écrit un livre sur le sujet.
Commençons par le dernier point. Le P. German Niño est un exégète, c’est-à-dire quelqu’un qui a une approche scientifique de la Bible. C’est le seul prêtre du diocèse dans ce cas*. L’enjeu des conclusions est de montrer, en même temps qu’un sujet est traité, qu’il y a plusieurs manières d’aborder la Bible, de la lire, d’en parler, de l’analyser… Avec le P. German Niño, comme avec le P. Luc Mellet avant lui (qui est un patrologue, c’est-à-dire un spécialiste des Pères de l’Église), nous avons ainsi souhaité montrer, le temps d’une conclusion, ce que pouvait donner une telle approche pointue des textes, le vocabulaire employé, la logique à l’œuvre… C’est de fait la conclusion la plus technique de tout FIDEO et la seule du genre.
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Venons-en maintenant aux raisons de fond. Tout d’abord, le Décalogue, avec ses deux versions, est un texte majeur du Pentateuque, non seulement par la place fondamentale et unique qu’il occupe dans tout l’édifice de la Torah, mais également en raison de son influence dans l’Histoire, y compris du christianisme. Les dix « commandements » n’ont-ils pas servi de socle à bien des catéchismes, voire à des formulaires de confession et autres ? Mieux connaître ces dix « Paroles » nous a semblé un axe intéressant, ne serait-ce que pour sortir de la seule dimension morale qui a longtemps prévalu – qui n’est certes pas fausse, mais certainement pas première, comme le prouve la première parole qui, pour les Juifs, est une libération.
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La seconde raison est liée à l’enseignement que je donne et que je répète bien des fois tout au long des dix rencontres, afin d’éviter toute lecture fondamentaliste ou absolue. Il y a plusieurs courants qui s’entrecroisent dans la Bible, synonymes d’une tradition à l’œuvre, faite de relectures successives qui ne s’annulent pas, mais se complètent. Certes, les nuances sont minces entre les deux versions du Décalogue, et c’est une raison pour précisément y regarder de plus près. C’est d’ailleurs une attitude à avoir à chaque fois que deux textes se ressemblent, que ce soit dans le Premier Testament ou avec les évangiles synoptiques. Plus les différences sont infimes, plus il est intéressant de regarder ce que ces différences impliquent : elles en disent long sur la personne qui réécrit !
Alors, quelles sont ces différences précisément ? Le P. German Niño les pointe très bien, surtout quand il prend appui sur la parole liée au Shabbat qui constitue le pivot de l’ensemble, parce que marquant à la fois le rapport à Dieu (vertical) et le rapport au prochain (horizontal). Les deux versions du Décalogue correspondent aux deux grands courants que sont la tradition sacerdotale (Ex 20) et la tradition deutéronomique (Dt 5). La première se fonde sur un Dieu créateur, origine de tout et sans équivalent dans le cosmos ; la seconde s’appuie sur un Dieu libérateur, qui fait justice ; la première tradition – plutôt tournée vers l’origine – dénonce surtout l’idolâtrie, la seconde – plutôt tournée vers la fin, bien qu’initiée par une libération primordiale (Égypte) – dénonce toute forme d’esclavage. Tout cela, bien évidemment, se complète ; il n’y a nul antagonisme.
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Il ne faut pas sous-estimer ces nuances, car on les retrouve tout au long de l’Histoire biblique, dans la réécriture des livres des Rois par le Chroniqueur et jusqu’au temps de Jésus avec les pharisiens, sadducéens, esséniens et zélotes…
On les retrouve aussi, en un certain sens, aujourd’hui, car on ne sort jamais totalement des affirmations brusques et partiales, entre ceux qui accentuent davantage sur l’absolu de Dieu Tout-Autre, les principes fondamentaux qui doivent mener le monde, la première venue du Christ qui a tout institué et dont il faut vivre, et ceux qui rêvent continuellement d’un Dieu tout proche, de justice sociale, voire de grands soirs, et qui attendent le retour du Christ pour qu’enfin l’injustice, la violence et le mal soient bannis. On le sait, particulièrement en France, qu’il y a bien des demeures dans la Maison du Père, quand on constate que l’on retrouve des catholiques dans à peu près tous les courants politiques et sociaux qui soient, y compris antagonistes. Précisons ici qu’il n’y a aucun jugement, ce n’est pas le lieu.
Tout cela est évidemment bien caricatural (et peu biblique pour une conclusion, j’en conviens), mais nous invite à nous interroger sur nos propres préoccupations, nos prises de position… Chacun accentue sa vision de Dieu en fonction de convictions qu’il porte : Dieu assume tout, tant que ce n’est pas contraire à la fois à son acte de création et à sa volonté irréfragable de nous sauver.
Pierre G. (SEDIF)
* Nous avons un autre exégète dans le diocèse, qui n’est pas prêtre mais est bien connu dans le diocèse : Jean-Luc Thirion, qui a coordonné le SEDIF pendant près de vingt-cinq ans, jusqu’à sa retraite méritée en octobre 2023.
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