Lors du baptême, le diacre agit-il « in persona Christi » ? Et le laïc ?
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Au baptême, on entend dire que celui qui officie le fait « in persona Christi ». Or Benoît XVI a précisé que le diacre n’est pas « in persona christi » comme le prêtre, mais une représentation du Christ serviteur. Qu’en est-il ? Et que dire du laïc qui baptise en cas d’urgence ?
Voilà une question subtile et passionnante qui exige de démêler bien des aspects !
Deux préalables : un problème dans votre question me semble résider dans l’oubli d’un mot : on parle de in persona Christi Capitis. Ce n’est pas tout à fait la même chose, comme nous allons le voir. Il faudrait par ailleurs retrouver le texte de Benoît XVI pour savoir s’il apporte quelque chose de nouveau aux références que je vais vous donner dans ma réponse…
Deux rappels introductifs :
1/ Le prêtre, dans l’exercice de son ministère sacerdotal, agit in persona Christi Capitis. Quid du diacre ?
2/ Quant au ministre ordinaire du baptême, il s’agit de l’évêque, du prêtre et, dans l’Église latine, du diacre (CIC, can. 861 §1). Or le diacre n’est pas ordonné « en vue du sacerdoce, mais en vue du ministère » (Lumen gentium, n. 29) : son caractère propre est précisément d’être le signe sacramentel du Christ Serviteur (cf. Directoire pour le ministère et la vie des diacres permanents, n. 6).
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Concernant l’expression in persona Christi Capitis, le Catéchisme l’applique spécifiquement au prêtre en vertu de la consécration sacerdotale (lire les numéros 1548 à 1553). Quant à Benoît XVI, je vous recommande vivement de lire une audience générale du 14 avril 2000, qui porte sur le « munus docendi » et qui explique clairement ce que signifient l’action et la représentation du prêtre, lorsqu’on évoque l’expression in persona Christi Capitis. C’est d’une grande clarté et d’une belle pédagogie. En voici un extrait :
« Pour comprendre ce que signifie agir in persona Christi Capitis – dans la personne du Christ Tête – de la part du prêtre, et pour comprendre également quelles conséquences dérivent du devoir de représenter le Seigneur, en particulier dans l’exercice de ces trois fonctions, il faut expliciter avant tout ce que l’on entend par « représentation ». Le prêtre représente le Christ. Qu’est-ce que cela veut dire, que signifie « représenter » quelqu’un ? Dans le langage commun, cela veut dire – généralement – recevoir une délégation de la part d’une personne pour être présente à sa place, parler et agir à sa place, car celui qui est représenté est absent de l’action concrète. Nous nous demandons : le prêtre représente-t-il le Seigneur de la même façon ? La réponse est non, car dans l’Église, le Christ n’est jamais absent, l’Eglise est son corps vivant et le Chef de l’Eglise c’est lui, présent et œuvrant en elle. Le Christ n’est jamais absent, il est même présent d’une façon totalement libérée des limites de l’espace et du temps, grâce à l’événement de la Résurrection, que nous contemplons de façon spéciale en ce temps de Pâques.
C’est pourquoi, le prêtre qui agit in persona Christi Capitis et en représentation du Seigneur, n’agit jamais au nom d’un absent, mais dans la Personne même du Christ ressuscité, qui se rend présent à travers son action réellement concrète. Il agit réellement et réalise ce que le prêtre ne pourrait pas faire : la consécration du vin et du pain, afin qu’ils soient réellement présence du Seigneur, absolution des péchés. Le Seigneur rend présente son action dans la personne qui accomplit ces gestes. Ces trois devoirs du prêtre – que la Tradition a identifiés dans les diverses paroles de mission du Seigneur : enseigner, sanctifier, et gouverner – dans leur distinction et dans leur profonde unité, sont une spécification de cette représentation concrète. Ils représentent en réalité les trois actions du Christ ressuscité, le même qui aujourd’hui, dans l’Église et dans le monde, enseigne et ainsi fait naître la foi, rassemble son peuple, crée une présence de la vérité et construit réellement la communion de l’Église universelle ; et sanctifie et guide. »
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Alors, peut-on dire que le diacre agit in persona Christi Capitis ? Eh bien, la discussion est loin d’être close aujourd’hui. Cela tient notamment à la « sacramentalité du diaconat »… ce que nous allons expliquer maintenant (du moins, on va tenter !).
Ce débat est résumé dans un texte de la Commission théologique internationale intitulé Le diaconat : évolution et perspectives (2003). Il faut d’abord lire la partie intitulée : « La sacramentalité du diaconat dans les développements postconciliaires » (c’est la dernière sous-partie du chapitre IV sur l’affirmation de la sacramentalité du diaconat). On ne va pas se mentir : c’est assez technique, donc un peu hermétique pour qui ne connaît pas le jargon théologique de l’Église. Dans cette partie, les auteurs exposent les deux positions et constatent que le Magistère n’emploie pas explicitement cette formule pour les fonctions diaconales. Elle relève donc comme caractéristique propre du diacre la représentation sacramentelle du Christ Serviteur. Dans la conclusion à cette partie, il est fait appel à un approfondissement théologique de différents points. Je vous les livre tels quels :
« Parmi les questions qui requièrent un approfondissement théologique ou un développement ultérieur, il faut mentionner les points suivants :
(a) le degré de valeur normative de la sacramentalité du diaconat tel qu’il a été fixé par les interventions doctrinales du Magistère, surtout à Trente et à Vatican II ;
(b) l’« unité » et l’« unicité » du sacrement de l’Ordre dans la diversité de ses degrés ;
(c) la portée de la distinction « non ad sacerdotium, sed ad ministerium (episcopi) » ;
(d) la doctrine du « caractère » et de la spécificité du diaconat comme configuration au Christ ;
(e) les « pouvoirs » que le diaconat confère en tant que sacrement. »
Le degré de valeur normative de la sacramentalité du diaconat et la spécificité du diaconat comme configuration au Christ : voilà notamment deux points qui devraient permettre de répondre définitivement à votre question… parce que le in persona Christi Capitis tient de la nature de la configuration au Christ !
Certains, pour sortir de cette impasse, défendent l’idée que le diacre agit « in persona Christi Servi ». Le diacre agit donc bien in persona Christi, mais non à la manière du prêtre. Cela pose d’autres questions : réduction du diaconat au service comme critère ministériel spécifique, inclusion d’une division dans l’image du Christ, etc. Si ces débats vous passionnent, je vous renvoie au septième et dernier chapitre de ce même texte de la Commission théologique internationale. Il est intitulé : « Théologie du diaconat dans le sillage de Vatican II ».
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Concluons. Il n’est pas possible d’affirmer ni d’infirmer définitivement que le diacre agit in persona Christi Capitis. La réponse reste en suspens.
Quoi qu’il en soit, ce in persona Christi Capitis n’est pas condition de validité du sacrement de baptême ! La meilleure preuve en est le laïc qui n’est pas configuré au Christ par un sacrement spécifique. C’est vrai du sacrement d’ordination, mais aussi du sacrement de baptême.
« Sont ministres ordinaires du Baptême l’évêque et le prêtre, et, dans l’Église latine, aussi le diacre. En cas de nécessité, toute personne, même non baptisée, ayant l’intention requise, peut baptiser, en appliquant la formule baptismale trinitaire. L’intention requise, c’est de vouloir faire ce que fait l’Église en baptisant. L’Église voit la raison de cette possibilité dans la volonté salvifique universelle de Dieu et dans la nécessité du Baptême pour le salut. » (CEC, n. 1256)
En somme, on pourrait synthétiser les choses de la manière suivante : le baptême est l’action du Christ et de l’Église, indépendamment du degré de configuration christologique du ministre. Concrètement :
– le prêtre y agit en vertu de son sacerdoce ministériel ;
– le diacre en vertu de son ministère ordonné, avec sa configuration propre au Christ Serviteur ;
– le laïc, exceptionnellement, comme ministre extraordinaire du sacrement, avec l’intention de faire ce que fait l’Église.
Mais tout cela, vous l’avez compris, n’est pas fixé dans le marbre… surtout pour la partie concernant le diaconat.
Pierre G. (SEDIF)
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