Pourquoi deux jugements : Dieu fait-il un second tri ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Pourquoi deux jugements, l’un personnel (âme), l’autre universel avec la résurrection des corps (doutes sur cette résurrection). À quoi sert ce second jugement (second tri ?) ?

Bien comprendre la complémentarité des deux jugements est une question essentielle, car il ne s’agit pas d’une répétition inutile, d’un bégaiement divin. Ces jugements répondent à deux dimensions différentes de la justice divine : la dimension personnelle et la dimension universelle.

Comme le dit très bien le Catéchisme de l’Église catholique (je vous renvoie aux numéros 1021 et 1022), chaque âme est jugée immédiatement après la mort. Ce jugement particulier porte sur la relation intime de l’âme avec Dieu : il décide du salut personnel (ciel, purgatoire ou enfer) et est définitif pour la destinée éternelle de la personne. En gros, ce jugement répond à une exigence de justice personnelle : chacun reçoit immédiatement le fruit de sa vie. L’âme n’attend pas la fin du monde pour connaître son sort. Mais ce jugement concerne l’âme séparée du corps, alors que l’homme, dans l’anthropologie chrétienne, est une unité d’âme et de corps.

Mais nous ne sommes pas des monades vivant séparément les uns des autres. Sauf à adopter une logique individualiste, il faut comprendre que le plan de Dieu respecte à la fois la liberté personnelle et la réunification de toutes réalités en Lui. C’est le rôle du jugement dernier, qui vise à restaurer l’ordre universel.

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De nouveau, je vais vous renvoyer au Catéchisme de l’Église catholique (les numéros 1038 à 1041). Il faut tout d’abord distinguer la résurrection des morts et le jugement dernier : les deux arrivent successivement.

Disons tout de go, pour répondre à votre question, que ce jugement n’est pas un « second tri » qui corrigerait le premier. Il a plusieurs finalités théologiques majeures, à commencer par celui de manifester publiquement la vérité : le jugement particulier est intime, le jugement dernier est public et cosmique ; il révèle le sens caché des actions humaines, les conséquences historiques du bien et du mal, la justice et la miséricorde de Dieu devant toute la création. Beaucoup d’actes ont des effets sociaux invisibles durant l’histoire. Le jugement dernier met en pleine lumière la vérité totale. C’est pourquoi saint Thomas d’Aquin explique par exemple que la justice divine doit être manifestée non seulement individuellement mais aussi dans l’ordre de la communauté humaine.

Le salut chrétien n’est pas seulement individuel ; il est cosmique, et c’est ce que manifeste la résurrection des corps, qui s’inscrit dans l’enfantement nouveau de toute la Création dont parle saint Paul en Romains 8. Notre destinée humaine, dans tout sa matérialité, est prise dans la destinée de la Création, dans toute sa matérialité, car cette matière est, dès les origines, l’œuvre créatrice et bonne de Dieu.

Le jugement dernier marque ainsi la fin de l’histoire, la défaite définitive du mal, la rénovation de la création (« cieux nouveaux et terre nouvelle »). C’est l’achèvement du dessein de Dieu sur le monde entier, pas seulement sur des individus isolés.

Pierre G. (SEDIF)

 



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