Comment parler de toute-puissance divine quand on voit que Dieu est aussi limité ?
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La Toute-Puissance de Dieu pose le problème de sa délimitation car si Dieu est tout puissant, il est aussi limité : par exemple, Dieu ne peut pas mentir. Comment résoudre ce paradoxe où le Tout-Puissant est incapable d’accomplir ce que n’importe quel enfant accomplit ?
Ce point est justement au cœur du texte de Karl Barth : la toute-puissance est indissociable de la paternité de Dieu, pas au sens de la paternité humaine, mais au sens de la plénitude d’amour d’un Dieu qui se donne. Les théologiens, dès les premiers siècles, ont abordé ce paradoxe. Ils ont résumé leur réponse de la manière suivante : Dieu ne peut pas faire certaines choses non pas parce qu’il Lui manque de la puissance, mais parce que ces choses ne sont pas des actes de puissance.
Prenons le cœur de votre question : un enfant peut naître, changer, apprendre, devenir autre. Dieu, lui, ne peut pas. Est-ce une faiblesse, une faille dans sa toute-puissance ? Non, c’est précisément l’inverse.
Dans la théologie de saint Thomas d’Aquin, Dieu peut faire tout ce qui est possible à l’exception des contradictions (« un cercle carré ») et des imperfections (« être moins que parfait »). Ce n’est pas que Dieu est limité, c’est qu’il ne serait tout simplement plus Dieu. Dieu est l’Être pleinement accompli. Il ne lui manque rien. Il ne connaît pas le péché qui est l’absence de bien… donc de Dieu. En ce sens, je corrigerais votre question : le Tout-Puissant est tout à fait capable d’accomplir ce que l’enfant accomplit, tant que ce n’est pas une négation de Lui. Ce serait comme reprocher à un homme en bonne santé d’être « moins capable » qu’un enfant car il ne peut pas être malade ou connaître certaines maladies.
On pourrait le résumer sous la forme d’un syllogisme presque caricatural :
1/ Le mensonge est l’omission ou la privation d’une vérité (ce n’est pas quelque chose en soi).
2/ Dieu est la vérité parfaite.
3/ Le mensonge est donc comme l’omission de Dieu.
4/ Dieu ne peut mentir sous peine de se priver de lui-même.
Il y aurait encore beaucoup à développer, en apportant quelques nuances supplémentaires, mais je m’arrête là à ce stade. Si cela ne vous paraît pas clair ou satisfaisant, je prolongerai avec vous la réflexion.
Pierre G. (SEDIF)
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