Qui sont les « justes » mentionnés par S. Irénée ?
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Qui sont les « justes » mentionnés par saint Irénée dans le 3e article de la Démonstration ?
Les Pères de l’Église, et notamment saint Irénée de Lyon, utilisent la plupart du temps les mots dans leur sens biblique. Pour comprendre qui sont ces « justes » dont il parle, il faut donc connaître et comprendre la grande figure du « juste » qui traverse la Révélation biblique, d’Abel (le premier à être qualifié ainsi) à Jésus.
C’est l’occasion d’un petit clin d’œil (et d’un rappel) à celles et ceux qui ont fait FIDEO Bible, preuve que notre père-évêque a bien eu raison de bâtir cette grande catéchèse en trois ans, en commençant par le fondement biblique.
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Aux origines, Abel est le Juste en qui Dieu se complaît, ce qui vaut à son sacrifice d’être agréé, contrairement à Caïn. Il meurt pour cette raison : le Juste est souvent en proie aux violences des méchants (nombre de psaumes évoquent cet aspect). Vous voyez déjà se dessiner en filigrane la figure du Christ dont Abel est une éminente figure – un « type » dirait saint Paul.
Je ne vais pas me lancer dans le descriptif des nombreuses figures du juste dans la Bible. Disons que le point est commun est la foi/confiance en Dieu, l’obéissance à ses commandements, l’intégrité personnelle et la droiture dans la conduite. Nous avons de nombreux versets explicites en ce sens :
- Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité (Ha 2,4… parole reprise dans la lettre aux Romains : Celui qui est juste par la foi, vivra (1,17)
- L’Éternel connaît la voie des justes et la voie des méchants périra. (Ps 1,6)
- Or, que dit l’Écriture ? Abraham eut foi en Dieu, et il lui fut accordé d’être juste (Rm 4,3)
Nous voyons avec cette dernière citation que la « justice » est une grâce, un don de Dieu accordé à qui pose un acte de confiance en Lui… Nous retrouvons cette même idée dans une autre épître de Paul, à ceci près que c’est désormais associé au Christ : Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu (2 Co 5,21).
En retour, le « juste » est chéri par Dieu qui le protège et l’accompagne : Le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris (Ps 33,16).
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Revenons-en pour finir à S. Irénée de Lyon…
Le juste, c’est donc celui qui met sa foi en Dieu et vit de la vie divine : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ; et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu » (Contre les hérésies, IV, 20, 7). Il insiste à plusieurs reprises, dans ses écrits, sur l’importance de la ressemblance de Dieu, évoquée dans la Genèse ; on pourrait ainsi dire que le juste est celui qui fait grandir en lui la ressemblance avec Dieu, de sorte que Dieu lui accorde sa bénédiction en abondance : « Dieu forma l’homme non pas parce qu’il avait besoin de lui, mais afin d’avoir quelqu’un sur qui répandre ses bienfaits. » (Contre les hérésies, IV, 14, 1)
Vous voyez qu’il n’est plus tant question d’observance des commandements que de demeurer fils de Dieu, à l’image du Christ, le Fils parfait. « De même que par la désobéissance d’un seul homme beaucoup ont été constitués pécheurs, ainsi par l’obéissance d’un seul beaucoup seront constitués justes. » (Contre les hérésies, III, 18, 7, reprenant Romains 5,19) Le Christ – nouvel Adam – est le modèle et la source de toute justice. Participer à l’obéissance du Christ envers son Père (la source de tout Amour), entrer humblement et pleinement dans le plan de salut de Dieu, telle est la justice du chrétien.
Être juste, c’est finalement être toujours plus fils dans le Fils.
Pierre G. (SEDIF)
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