N’est-ce pas irrationnel de nous demander d’adhérer aux règles de foi avant de connaître ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

« On nous demande d’adhérer aux règles de foi avant de connaître : c’est irrationnel. Il faut lâcher prise, nous n’avons jamais fini d’apprendre. »

Voilà une bien belle question, certes non formulée comme telle, mais qui appelle tout de même une réponse !

Les rapports entre foi et raison ont fait l’objet d’une encyclique importante de Jean-Paul II, que cette phrase introductive résume assez bien : « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. » Depuis les Lumières, la foi et la raison ont été séparées, voire opposées. Avec Jean-Paul II (et plus encore avec Benoît XVI dans la foulée), il y a la réaffirmation d’un va-et-vient incessant entre foi et connaissance, entre raison et Révélation.

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En réalité, stricto sensu, on ne demande pas d’adhérer aux règles de foi avant de connaître, mais l’Église nous enseigne, en totale fidélité avec les Écritures, que la foi ouvre la voie à la vraie connaissance de Dieu. Sans la foi, qui est une vertu théologale (c’est Dieu qui l’infuse en nous), la Révélation divine nous est en grande partie inaccessible. Le prophète Isaïe le dit sans détour dans la version grecque de la Septante : Si vous ne croyez pas, vous ne serez pas affermis (Is 7,9), c’est-à-dire : si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. La foi précède et fonde la compréhension. Remarquez qu’on ne parle pas de « règles » ici, mais de la foi.

Bien d’autres citations pourraient confirmer ce fondement de la foi. Dans l’évangile de Jean, le Christ dit : Quelqu’un veut-il faire la volonté de Dieu, il saura si cet enseignement vient de Dieu, ou si je parle de ma propre initiative (Jn 7,17). Autrement dit : celui qui croit et se met en marche découvre la vérité, donc l’enseignement, les règles. Dans la Lettre aux Hébreux, l’auteur affirme que c’est par la foi que nous comprenons que l’univers a été formé par la parole de Dieu (He 11,3). La foi précède la compréhension.

Pour résumer, dans la logique biblique, la foi n’est pas contraire à la raison ; elle en est la porte d’entrée. Si la connaissance naturelle peut nous dire d’emblée qu’il y a un Dieu, que l’univers a un ordre, etc., il faut cependant un acte de foi profond de tout notre être pour entrer dans la connaissance de Dieu lui-même, dans son mystère trinitaire, dans son amour total. C’est finalement assez logique : Dieu se reçoit et se comprend que dans la mesure où Il se révèle, révélation que nous n’accueillons véritablement… qu’avec la foi.

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Prenons une image, qui exprimera de manière simple cette relation entre foi et raison. Au détour d’un chemin forestier, nous découvrons une cabane, avec une porte vitrée fermée. Notre raison naturelle nous permet de voir qu’il y a quelque chose derrière. Mais seule la foi, ici le fait d’ouvrir la porte, nous permet de pénétrer dans le lieu et de connaître tout ce qu’il y a à l’intérieur. La foi ne remplace pas la connaissance, elle la rend possible à un autre niveau. Benoît XVI ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit : « La foi chrétienne n’exige pas de renoncer à penser, mais d’élargir la raison pour qu’elle atteigne ce qui est vrai. »

Une formule fameuse de saint Augustin peut nous servir de conclusion : « Credo ut intellegam », écrit-il… Je crois pour comprendre ! Et non le contraire.

Et si vous souhaitez prolonger votre réflexion, je vous recommande un des textes les plus célèbres de Benoît XVI sur ce sujet : son discours de Ratisbonne (12 septembre 2006), dans l’université où il avait enseigné.

Pierre G. (SEDIF)

 



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