Abraham a-t-il existé ?
formations
Est-ce qu’Abraham a vraiment existé ou est-ce un récit uniquement symbolique ? Quel est le genre littéraire de ce texte finalement ?
En bref
Dans l’état actuel des recherches, il est impossible aujourd’hui d’affirmer qu’Abraham a ou n’a pas existé. Quand bien même il aurait existé, il est encore plus difficile de savoir si ce qu’on dit de lui dans la Bible est parfaitement historique. Au fond, qu’importe ? Là n’est pas l’enjeu. Les Juifs en ont fait une figure historique majeure pour signifier l’alliance scellée entre Dieu et son peuple. En ce sens, le genre littéraire du livre est l’épopée historique, qui comprend une part symbolique… et bien d’autres dimensions.
Développement
La première question est insoluble, au stade des recherches actuelles. Certains historiens ont évoqué les ressemblances troublantes entre sa pérégrination d’Ur en Mésopotamie à l’Égypte, en passant par Harran (Turquie actuelle) et Canaan (Israël actuel), et certains mouvements de population racontés par des textes anciens. D’autres disent qu’il y a vraisemblablement un personnage réel à l’origine de tout, dont la réalité historique se serait peu à peu effacée au fil du temps (cf. André Wénin, Abraham, un guide de lecture, Cahiers Évangile n°179). Cela justifierait son historicité.
Reste qu’en dehors de la Bible, nous n’avons à ce stade aucune mention d’Abraham dans nulle source que ce soit. Ce n’est pas étrange en soi. Jusqu’à la découverte fortuite d’une mention de Ponce Pilate sur un mur de sa résidence à Césarée dans les années 1970, on n’avait aucune preuve épigraphique (écrite) de son existence historique… Et il s’agit pourtant d’un personnage « officiel » de l’administration romaine, contrairement à Abraham. La question de l’historicité est donc au cœur des recherches de tous les historiens de l’Antiquité. Il faut savoir qu’Abraham n’est pas seul dans ce cas : Moïse non plus n’est pas mentionné ailleurs que dans la Bible. Et même si nous avions une mention d’Abraham ou de Moïse, qu’est-ce qui nous prouve que cela est historique ? On connaît par exemple l’existence d’une stèle qui mentionne la maison royale de David… mais qu’est-ce qui nous dit que les événements racontés par la Bible sur David sont « vrais », parfaitement historiques ? Rien. Enfin, la question se pose aussi, en un certain sens et bien qu’il faudrait aussitôt apporter ici des nuances majeures, pour Jésus ; la thèse mythiste, reprise récemment par le livre de Michel Onfray, même s’il est caricatural par endroits, porte la trace de cette problématique.
Le chercheur Michael Langlois, docteur ès sciences historiques et philologiques, résume très bien le débat sur Abraham dans un article publié sur son site :
« [Les] cultures orientales nous éclairent sur de nombreux récits bibliques, y compris les traditions liées aux patriarches dans le livre de la Genèse, à commencer par Abraham. Cela ne prouve toutefois pas l’existence d’Abraham, d’Isaac ou de Jacob. […] C’est là le potentiel et les limites des Sciences de l’Antiquité : elles permettent de documenter des époques, des traditions, des religions ; mais elles permettent rarement d’attester l’existence de personnages bibliques, à l’exception de rois ou de scribes par exemple. Abraham est censé avoir vécu sous tente, faisant paître ses troupeaux avec son clan ; il est donc peu probable qu’il se retrouve mentionné sur une stèle royale ou dans des archives administratives palatiales. Et quand bien même son nom apparaîtrait sur des documents contemporains, il pourrait s’agir d’homonymes ; en effet, les études sur les noms (= onomastique) et les personnages (= prosopographie) montrent combien il est parfois difficile de distinguer des homonymes, même lorsqu’il s’agit de hauts personnages tels que des rois. L’absence de preuve n’est pas non plus preuve d’absence, si bien qu’il ne faut pas non plus conclure trop hâtivement qu’Abraham n’a jamais existé. Il faut plutôt rester prudent et accepter que, dans l’état actuel de la science, son existence reste incertaine. »
En d’autres termes, affirmer de manière absolue qu’il a existé ou qu’il n’a pas existé sont deux écueils à éviter ; en toutes choses, il faut la prudence et l’humilité.
Est-ce pour autant un récit uniquement symbolique ? Il y a forcément une dimension symbolique dans tout ce qui nous est raconté dans le Premier Testament (et aussi dans le Nouveau, d’ailleurs). Mais le genre littéraire est essentiellement celui d’une épopée historique. Il y a dans la Bible la reconstruction d’une Histoire, à la lumière d’événements précis : la division en deux royaumes, le règne de Josias, la domination par des empires successifs, l’expérience de l’Exil… Cette reconstruction prend très probablement appui sur différentes traditions orales et écrites, plus ou moins exactes. Je ne pense pas que les hagiographes aient été dupes d’eux-mêmes : c’est un récit volontairement reconstruit par des croyants pour donner forme à une histoire qui use de la mémoire collective, de faits passés et transmis oralement, d’anecdotes populaires, de mythes, de symboles, de fables aussi… L’enjeu est d’arriver, à travers cette épopée historique, à une identité politico-religieuse et – sous-jacente – à la vérité d’une révélation divine advenue dans l’Histoire.
Pierre G. (SEDIF)
Lire aussi, sur le même sujet : Abraham était-il Juif ? Ses origines ont-elles été étudiées ?
CLIQUEZ ICI POUR REVENIR À LA FAQ FIDEO BIBLE










