Pourquoi, à la messe, disons-nous « Parole de Dieu » alors que l’homme est co-auteur et ne peut être qualifié de « stylo de Dieu » ?
rencontre
Pourquoi l’assemblée lors d’une messe répond « Parole de Dieu » à la fin de la lecture des récits bibliques, alors que l’homme n’est pas seulement « stylo de Dieu » mais co-auteur desdits textes ?
On pourrait simplement répondre que l’Écriture sainte est Parole de Dieu, au contraire de tout autre écrit fait de main d’hommes. Et c’est pourquoi la Bible est lue dans le cadre liturgique, avec des gestes et postures singulières, qu’on ne voit nulle part ailleurs. Et c’est pourquoi aussi FIDEO et tant de formations bibliques existent… C’est parce que l’Écriture sainte est un texte sans équivalent, parce que l’homme n’en est pas le seul auteur, parce que Dieu y parle dans le tissu des mots humains, que nous passons une année à la scruter de près, que nous devrions mieux la connaître. Il ne s’agit donc pas de minimiser l’action de l’homme en tant qu’auteur, mais de montrer la spécificité de l’Écriture sainte, à savoir que Dieu en est aussi l’auteur.
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Mais pour compléter cette réponse simple et enrichir notre connaissance biblique, un autre éclairage est possible : il existe un chapitre du Premier Testament qui est fondamental pour comprendre la place des Écritures dans l’expérience communautaire des Hébreux comme peuple, donc de nous aujourd’hui comme Église. Il s’agit du chapitre 8 du livre de Néhémie, livre qui raconte les lendemains de l’Exil, après que le peuple fut menacé d’éradication, après qu’il a failli perdre son identité profonde.
Dans les premiers chapitres, nous voyons le gouverneur Néhémie (un laïc) parcourir les ruines de Jérusalem, ses remparts affaissés, son Temple en morceaux. Nous assistons, à partir du chapitre 3, à la reconstruction de la ville, ce qui n’advient pas sans divisions (entre les Juifs restés en Canaan et les Juifs de retour d’Exil) ni difficultés. Ensuite intervient la redécouverte du livre de recensement, dont le sens est de reconstituer le peuple dispersé et de rétablir la répartition dans les villes (chapitre 7).
C’est alors que le prêtre Esdras fait son entrée en scène au chapitre 8 pour lire au peuple la Loi de Dieu, c’est-à-dire la Torah (notre Pentateuque). Je vous invite vraiment à lire ce chapitre 8 dans vos Bibles de travail, avec les notes. Dans ces écrits dont l’homme est auteur, le peuple redécouvre que Dieu y parle, que Dieu est là depuis les commencements et est fidèle à sa promesse… Dieu reconstitue son peuple par la Loi scellée dans les Écritures saintes. Tout le peuple crie : « Amen ! Amen ! », car ce ne sont pas des mots seulement humains ; la Parole de Dieu s’y exprime en filigrane tout du long.
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En 2019, lorsque le pape François institua le « Dimanche de la Parole de Dieu », il écrivit une lettre apostolique intitulée Aperuit illis (« Il leur ouvrit » = mots extraits de la rencontre d’Emmaüs, lorsque le Christ ouvre à l’intelligence des Écritures en Lc 24,45) dans laquelle il revient sur ce passage et développe sa pensée.
Je vous cite le numéro 4 de cette lettre qui est courte et dont je vous recommande la lecture :
« Le retour du peuple d’Israël dans sa patrie, après l’exil babylonien, fut marqué de façon significative par la lecture du livre de la Loi. La Bible nous offre une description émouvante de ce moment dans le livre de Néhémie. Le peuple est rassemblé à Jérusalem sur la place de la Porte des Eaux à l’écoute de la Loi. Dispersé par la déportation, il se retrouve maintenant rassemblé autour de l’Écriture Sainte comme s’il était « un seul homme » (Ne 8, 1). À la lecture du livre sacré, le peuple « écoutait » (Ne 8, 3), sachant qu’il retrouvait dans cette parole le sens des événements vécus. La réaction à la proclamation de ces paroles fut l’émotion et les pleurs : Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre. Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. […] Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! (Ne 8, 8-10).
Ces mots contiennent un grand enseignement. La Bible ne peut pas être seulement le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés. Elle appartient, avant tout, au peuple convoqué pour l’écouter et se reconnaître dans cette Parole. Souvent, il y a des tendances qui tentent de monopoliser le texte sacré en le reléguant à certains cercles ou groupes choisis. Il ne peut en être ainsi. La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple. »
Il y a ainsi, dans l’écoute de la Bible parce qu’elle est Parole de Dieu, la reconstitution de l’unité du peuple de Dieu : elle contribue à faire de nous un seul peuple en Dieu et pour Dieu.
Pierre G. (SEDIF)
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